Association gŽnŽrale des Žtudiants brestois. 1971 ˆ 1976.
Jean-Yves GUENGANT, 19 aožt 2021.
[Ci-dessous photo de l'auteur en aožt 1973]
Membre dÕune fratrie de trois enfants (1947 ˆ 1953), jÕen suis le benjamin (1953). EntrŽ ˆ lÕUniversitŽ, en Histoire apr�s un baccalaurŽat D. Boursier. DUEL en 1973, licence en 1974, CAPES thŽorique en 1975, CAPES pratique en 1976, professeur dÕhistoire-gŽographie dans lÕOrne puis dans le Morbihan, proviseur-adjoint en 1987, proviseur en 2000, retraitŽ en 2015.
ÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉ
Je mÕappelle Jean-Yves GUENGANT, je suis nŽ en 1953. Originaire de Brest, jÕavais suivi mes Žtudes secondaires au lycŽe classique de KERICHEN en sŽrie scientifique.
LycŽe de KŽrichen Ð Brest
JÕŽtais entrŽ au lycŽe en septembre 1968 Ð les ƒvŽnements avaient ŽtŽ sur Brest une rŽplique de ce qui sÕŽtait passŽ dans le pays, jÕy reviendrai Ð et la nouveautŽ avait ŽtŽ les Žlections de dŽlŽguŽs de classe et leur prŽsence au conseil de classe. LycŽen, je participai ˆ de nombreuses manifestations de lÕapr�s 68. Il y avait un cercle de lycŽens plus politisŽs, de diffŽrents mouvements Ð autonomistes bretons, cercles Rouge, jeunes PSU Ð qui sÕorganis�rent dÕabord autour dÕun journal lycŽen, Opinions, et furent actifs dans divers secteursÊ: soutien aux Basques emprisonnŽs (proc�s de Burgos), mise en cause du Rotary Club qui souhaitait sÕimmiscer dans lÕinformation sur les mŽtiersÊ; nous f”mes campagne sous le slogan ÇÊRotary, courroie de transmission du patronat È É
Cette expŽrience me prŽparait ˆ dÕautres combats et jÕŽtais sensible au combat syndical. JÕappartenais ˆ une famille de petits commer�ants du quartier populaire de Saint-Martin. Ils nÕŽtaient pas bien riches et quand il sÕagit de faire des Žtudes supŽrieures, il Žtait Žvident quÕil Žtait prŽfŽrable que je puisse les faire ˆ Brest. Mon fr�re a”nŽ Žtait le premier de notre famille ˆ faire des Žtudes supŽrieuresÊ: il fut inscrit ˆ Rennes-2, la formation dŽsirŽe nÕexistant pas ˆ Brest. Apr�s mon baccalaurŽat, je mÕinscrivis en octobre 1971 ˆ la facultŽ des Lettres de Brest. JÕavais dŽcidŽ de faire des Žtudes dÕHistoire et gŽographie. La section Žtait lÕune des plus actives sur le plan des revendications. Beaucoup de syndiquŽs venaient de cette section. La prŽsidence de lÕAGEB de 1971 aux annŽes 1975, date de mon dŽpart de lÕuniversitŽ Ð je venais dÕ�tre admis au CAPES dÕHistoire en 1975 et je fis en 1975-1976 mon stage dÕapplication au Centre pŽdagogique rŽgional (CPR), antenne de Brest. En 1976, je fus nommŽ au lycŽe NapolŽon, ˆ LÕAigle, Orne. En 1981 je revins en Bretagne, dans le Morbihan
LÕuniversitŽ de Bretagne occidentale, une toute nouvelle universitŽ
LÕuniversitŽ de Bretagne occidentale (UBO) fut crŽŽe en 1971. Depuis 1959, existait ˆ Brest un Coll�ge scientifique universitaire, rattachŽ ˆ Rennes-1, ainsi quÕun IUT, construit en 1962 et ouvert en 1963. MalgrŽ une opposition dŽclarŽe de Rennes, Brest obtient en 1968 la crŽation du CNEXO (ex-Ifremer) qui boosta le dŽveloppement universitaire brestois. En 1966 et 1968 sont crŽŽes deux facultŽs de plein droit, Sciences et technique, puis Lettres et sciences sociales. La crŽation dÕune facultŽ de mŽdecine et dÕun institut de droit compl�tent le tableau, permettant aux trois facultŽs, ˆ lÕinstitut et aux deux IUT (Brest et Quimper) de se regrouper en universitŽ.
Le 1er janvier 1971 lÕuniversitŽ est enfin crŽŽe. CÕest une victoire importante pour la bretagne occidentaleÊ: une population scolaire nombreuse pouvait trouver sur Brest un dŽbouchŽ. Les Žtudes moins cožteuses, permettaient aux jeunes urbains de milieu social populaire et aux jeunes ruraux de poursuivre des Žtudes. Il est important de comprendre cette situation particuli�re, car 30 % des Žtudiants Žtaient dÕorigine ouvri�re et rurale. Principalement concentrŽs en Lettres, Sciences et IUT.
A part lÕIUT de Quimper, lÕuniversitŽ Žtait brestoise. Cela entra”na des consŽquences sur la crŽation et le dŽveloppement de lÕAssociation gŽnŽrale des Žtudiants brestois, lÕAGEB, qui se dŽveloppa essentiellement en Lettres et en Sciences, mais ne put crŽer de structures en MŽdecine et en Droit. Les IUT Žtaient quant ˆ eux indŽpendants de lÕuniversitŽ et les Žtudiants ne se considŽraient pas liŽs ˆ lÕUBO.
LÕuniversitŽ avait ˆ sa t�te le prŽsident Raymond-Fran�ois Le Bris, qui fit ensuite une carri�re ˆ la direction du minist�re de lÕenseignement supŽrieur, comme directeur de cabinet du ministre puis plus tard comme directeur de lÕENA. Sa contribution au dŽveloppement de lÕuniversitŽ de Brest fut importante. En 1972 lui succŽda Julien QuerrŽ, professeur dÕuniversitŽ et maire du Relecq-Kerhuon, ville de lÕagglomŽration urbaine brestoise.
Il y avait en 1971, un peu moins de 6000 Žtudiants, contre 22Ê000 aujourdÕhui. Deux citŽs universitaires, deux restaurants universitaires, une biblioth�que universitaire, avaient ŽtŽ construits sur un vaste plateau, dans le cadre du dŽveloppement urbain brestois de lÕapr�s-guerreÊ: Brest II ou Brest-Bellevue. Les facultŽs avaient remplacŽ une grande citŽ de baraques, nŽe dans lÕimmŽdiat apr�s-guerre. Notre gŽnŽration (1947-1953) Žtait issue du baby-boom et de la politique Žducative mise en place dans les annŽes cinquante et soixante. La topographie favorisait la division des facultŽs, MŽdecine et droit installŽs en centre-ville, Sciences et lettres en pŽriphŽrie.
Le mouvement Žtudiant en Bretagne
Le mouvement Žtudiant Žvolua de fa�on diffŽrente en Bretagne que dans le reste du pays. Les manifestations trouv�rent tout de suite un Žcho en Bretagne. Le 6 mai 1968 500 manifestants ˆ Rennes, et le 8 mai, lors des manifestations sur le th�me ÇÊLÕOuest veut vivreÊÈ, initiŽes par les syndicats ouvriers et paysans, sans lien avec les ŽvŽnements parisiens, les Žtudiants reprŽsentent pr�s de la moitiŽ des 7000 manifestants rennais. LÕAGER-UNEF, dont lÕhistoire est ancienne et active a de nombreux adhŽrents, surement supŽrieurs ˆ 1000[1]. LÕAGER avait prŽparŽ depuis des semaines cette manifestation. Le 7 mai, cÕŽtait au tour de Brestois de se mettre en gr�ve massivementÊ: il nÕy avait pas de tradition de luttes syndicales et les Žtudiants Žtaient bien moins nombreux quÕˆ Rennes ou Nantes. Curieusement, cÕest une histoire de sŽgrŽgation sexuelle ˆ la citŽ universitaire qui mit le feu aux le feu aux poudresÊquand le 15 fŽvrier 1968, 300 rŽsidentes dŽcid�rent dÕoccuper la rŽsidence des gar�ons. A leur tour les gar�ons dŽcid�rent lÕoccupation de la rŽsidence des filles le 17 fŽvrier. Un mois avant le 22 mars 1968, le mouvement de 68 commen�ait ˆ Brest ! A partir de mars, lÕAGEB se lan�a dans la bataille pour organiser la manifestation qui devait porter le slogan ÇÊVivre et travailler au paysÊÈ prŽvue le 8 mai. On estima que la quasi-totalitŽ des Žtudiants Žtaient grŽvistes le 7 mai. Leur participation au cort�ge fut remarquŽ. Le cort�ge rŽunit pr�s de 12Ê000 personnes (100Ê000 au total)Ê:
ÇÊPour symboliser l'entente des Žtudiants, des ouvriers et des paysans, la prŽsidence du meeting avait ŽtŽ confiŽe ˆ M. Bernard Boudic, prŽsident de l'Association des Žtudiants de Brest, affiliŽe ˆ l'U.N.E.F.ÊÈ Le Monde, 10 mai 1968.
Sur le mouvement Žtudiant brestois en 1968, lire ÇÊLÕexpŽrience paritaire au Coll�ge universitaire de Brest en mai-juin 1968. Vincent Porhel, Article Cairn Ð Annales de Bretagne et des pays de lÕOuest-2019 https://www.cairn.info/revue-annales-de-bretagne-et-des-pays-de-l-ouest-2019-1-page-181.htm
Le mouvement Žtudiant sÕest dŽveloppŽ tout de suite en relation Žtroite avec les syndicats, notamment dans une coopŽration enseignants-Žtudiants qui deviendra la marque de fabrique du syndicalisme Žtudiant brestois.
Contrairement ˆ Rennes, ou existait une extr�me-gauche marxiste-lŽniniste et ˆ Nantes, o� un courant libertaire Žtait fort, il nÕy avait pas de tradition dÕextr�me-gauche dans le milieu Žtudiant brestois. A partir de 1968, deux courants politiques Žtaient prŽsentsÊ: lÕUnion des ƒtudiants communistes, dont Paul Lespagnol (1949-2003), membre de la fŽdŽration du PCF, fut lÕorganisateur, et lÕUnion dŽmocratique bretonne (UDB) qui rŽussit au dŽbut des annŽes 1970 ˆ rŽunir les Žtudiants autonomistes (UDB et la Jeunesse Žtudiante bretonne (JEB) dont Žtait issu Bernard Boudic, alors en perte de vitesse)
LÕUNEF Renouveau
LÕUNEF Renouveau se b‰tit donc sur une base ˆ la fibre syndicaliste et issue dÕune gauche communisante et autonomiste (une convergence existait entre les deux partis, lÕUDB ayant dž en 1970 expulser sa tendance gauchiste, surtout prŽsente ˆ Paris et ˆ Rennes). La liaison enseignants-Žtudiants Žtait renforcŽe par la prŽsence dans le corps enseignant de jeunes professeurs, recrutŽs lors de la montŽe en puissance de lÕUBO. Ma”tres assistants et ma”tres de confŽrences dont un nombre non nŽgligeable Žtaient membres du PCF et de lÕUDBÊ: des figures comme Jean Rosmorduc (PCF), physicien et historien des sciences, ancien de lÕUNEF en 1961-1962 ˆ Bordeaux, PCF, et Ronan Leprohon, historien, ancien de lÕUNEF (Rennes) et membre dÕun rŽseau de soutien au FLN pendant la guerre dÕAlgŽrie, UDB.
Les Žv�nements de Mai 68 avaient fait Žmerger une dŽmarche originale reposant sur une organisation strictement paritaire, les contestataires brestois, tant Žtudiants qu'enseignants, vont initier une rŽforme profonde des structures m�me de l'universitŽ. Edmond Monange, historien, assistant ˆ lÕŽpoque et membre du SNESUP qui regroupait la majoritŽ des enseignants de la pŽriode, et Bernard Boudic jou�rent un r™le de premier plan dans cette contestation ÇÊparitaireÊÈ. En 1971, lÕAGEB choisit de rejoindre lÕUNEF Renouveau et dÕadopter une dŽmarche syndicale en alliance avec les syndicats ouvriers et enseignants.
Mon passage ˆ lÕUNEF Renouveau
JÕavais adhŽrŽ ˆ lÕUDB en 1971 et naturellement d�s que je fus Žtudiant, jÕadhŽrai ˆ lÕUNEF Renouveau car cÕŽtait la consigne de mon parti, mais parce quÕaussi je considŽrais quÕil Žtait important de se syndiquer, afin de pouvoir dŽfendre collectivement nos intŽr�ts. JÕhabitais une ville ouvri�re, habituŽe aux luttes et aux manifestations, mon quartier Žtait un ancien quartier ouvrier du centre-ville. Enfin la famille de ma m�re Žtait ouvri�reÊ: mon oncle Žtait ouvrier ˆ lÕarsenal, mon cousin travaillait ˆ EDF.
JÕapprŽciai lÕaspect syndicaliste de lÕUNEF qui b‰tissait son action sur lÕamŽlioration du quotidien. Dans les assemblŽes gŽnŽrales dÕŽtudiants, souvent importantes (400 personnes) nous bataillions contre quelques ŽlŽments qui reprochaient ˆ lÕUNEF Renouveau dÕ�tre trop proche des syndicats enseignants (SNESUP) ou ouvriers (CGT). LÕAGEB avait vu baisser ses effectifs comme de nombreuses associations Žtudiantes dans lÕapr�s Žv�nements.
Je me souviens que nous avions dŽcidŽ de participer aux Žlections universitaires et nous devinrent la seule association Žtudiante reprŽsentŽe, ˆ la facultŽ et ˆ lÕuniversitŽ. Elu en 1972, je fus assesseur Žtudiant ˆ la facultŽ des Lettres et vice-prŽsident Žtudiant au conseil dÕuniversitŽ pendant deux annŽes. Apr�s ma licence, la prŽparation aux concours ralentit mon militantisme, mais jÕavais ŽtŽ Žlu au conseil local du CROUS. Les Žlections Žtudiantes ne touchaient pas un public important, une majoritŽ des Žtudiants ne sÕy intŽressant pas. En revanche les mobilisations Žtudiantes Žtaient souvent importantes. Nous pouvions mobiliser surtout en Lettres, pas du tout en mŽdecine. La facultŽ de Droit Žtait plus amorphe. Cependant, il nÕexistait pas ˆ Brest des organisations de type UNI.
Le fait dÕ�tre Žlus dans les conseils nous apporta des moyens. Nous avions en Lettres et en Science des locauxÊ: celui des Lettres Žtait le local principal, une salle de cours de grande taille, situŽe dans un endroit proche du centre de la facultŽ, par lequel transitaient les Žtudiants. Nous avions ˆ notre disposition des moyens de reprographie suffisant pour notre action.
Les principales actions menŽes portaient sur les conditions de vie et dÕŽtudes des ŽtudiantsÊ: lÕacc�s aux citŽs universitaires par les boursiers Ð tr�s t™t on constata que les citŽs universitaires, non seulement nÕŽtaient pas adaptŽes au mode de vie des Žtudiants (chambres tr�s petites, sanitaires assez frustres) mais ne suivaient pas lÕŽvolution rapide du nombre dÕŽtudiants Ð la chertŽ de la vie pour des budgets limitŽsÉ De lˆ vint lÕinscription dans notre combat syndical de lÕallocation dÕŽtudes, per�ue comme un ÇÊrevenu ŽtudiantÊÈ, dont les IPES -Instituts de prŽparation aux enseignements du second degrŽ, 1957 ˆ 1979 Ð qui avaient crŽŽ des Žl�ves-enseignants Žtaient une prŽfiguration. CÕŽtait ˆ mon avis la mesure la plus importante ˆ promouvoir ˆ lÕŽpoque, et aujourdÕhui encore. Il sÕavŽra que ces propositions, cožteuses pour le budget national, ne furent jamais prises en considŽration. La crise Žconomique, qui se dŽveloppait depuis 1971 et sÕaggrava avec le premier choc pŽtrolier, rŽduisit considŽrablement notre pouvoir de manÏuvre.
ImaginŽ comme un syndicat dans un syst�me de cogestion, dans une Žconomie riche et en expansion, lÕUNEF peinait ˆ trouver des rem�des ˆ une population Žtudiante qui grossissait rapidement et qui nÕavait aucune pratique syndicale. La tradition universitaire nÕexistait pas ˆ Brest, comme cela pouvait �tre le cas ˆ Paris ou les grandes mŽtropoles. Lorsque lÕon crŽa ˆ Quimper une annexe puis que Lorient devint lÕuniversitŽ de Bretagne-sud, ce phŽnom�ne sÕaccentua. Plus les Žtudiants Žtaient proches de leur lieu dÕorigine, moins se crŽait une communautŽ spŽcifique. Plus tard apparurent des phŽnom�nes qui Žtaient ˆ lÕŽpoque limitŽs, les f�tes Žtudiantes du jeudi soir. Certes nous avions des f�tes, mais elles se limitaient ˆ ce quÕen Bretagne on nomme ÇÊla pisteÊÈ.
Fonctionnement interne
Notre effectif resta assez stable pendant les annŽes o� je fus prŽsent ˆ Brest. Moins dÕune centaine au total, avec une majoritŽ se trouvant concentrŽe en Lettres. Nous avions toujours un noyau en Sciences. Les congr�s syndicaux rŽunissaient une fois par an sur un ou deux jours les membres du syndicatsÊ: une quarantaine de personnes y assistaient. Nous ežmes des reprŽsentants du bureau national. CÕest ainsi que lors du premier congr�s auquel jÕassistais, je fus repŽrŽ par Cohen, un membre du BN, et jÕaccŽdais au bureau local. Je devins assez rapidement le prŽsident de lÕAGEB et ce jusquÕen 1973. Mon mandat fut de courte durŽe, essentiellement pour des raisons personnelles sans relation avec le syndicat. On me proposa un stage de formation qui se tint ˆ lÕUniversitŽ dÕOrsay, en fŽvrier 1972, je crois, o� nous Žtions Žgalement hŽbergŽs. Pendant une semaine, formation, interventions des membres du BN, visites, nous permirent de nous faire une idŽe du syndicalisme Žtudiant. CÕŽtait ma premi�re sortie de Bretagne et je me rendais compte quÕil nÕy avait aucune comparaison ˆ faire entre notre facultŽ provinciale et les grands centres universitaires comme Nanterre ou la citŽ universitaire, zone de concentration extr�me de populations Žtudiantes venues du monde entierÊ! JÕen fus effarŽ.
Parall�lement ˆ ce stage, fut menŽ ˆ mon Žgard une campagne de sŽduction par lÕUnion des Etudiants communistes. AndrŽ Ouzoulias me servit de chaperon, me guidant dans le Paris communiste, dÕun centre de pionniers de Montreuil ˆ un meeting de Jacques Duclos en soutien ˆ lÕunitŽ populaire chilienneÊ! Je rencontrai dÕautres militants comme Gilbert Wasserman. Mais cette pression amicale ne fut pas concrŽtisŽe par une adhŽsion au PCF. Je me rappelle une sc�neÊ: nous allions manger dans un restaurant, notre groupe croisa le bureau national de lÕautre UNEF, CambadŽlis en t�te. Je trouvais que les deux UNEF auraient formŽ un groupe plus puissant mais les clivages politiques Žtaient tels que cela rendait impossible tout travail commun. Professeur, je rencontrai les m�mes probl�mes au sein de la FEN.
En 1973, ma situation personnelle changea. Je me mariai et fus pendant lÕŽtŽ p�re dÕun petit gar�on. Cela changeait mes objectifs et nŽcessitait de finir au plus vite mes Žtudes (Je nÕai passŽ que quatre annŽes ˆ lÕuniversitŽ, prŽparation du CPES incluse). Nous avions choisi, mon Žpouse et moi, de faire un fest-noz, ouvert ˆ tous nos amis et camarades. Or mon mariage se passait le jour du congr�s de lÕAGEB. Sans vraiment de prŽparation, les membres du syndicat estim�rent que je ne pourrais pas assumer toutes mes t‰ches et me dŽlest�rent de mon poste de prŽsident. Puis le congr�s terminŽ, vinrent tous au fest-noz. JÕappris alors mon ÇÊretraitÊÈ du poste, dans une tradition stalinienne, somme tout bon enfant. Je restai au bureau en second plan et quelque part cela mÕarrangeait.
Souvenirs
Il nÕy eut pas ou peu de rŽformes importantes dans le SupŽrieur apr�s 1968. Il faut attendre 1986 et le projet de loi Devaquet, rŽinstaurant la sŽlection ˆ lÕentrŽe de lÕUniversitŽ pour voir une mobilisation de grande ampleur. La seule grande rŽforme qui touchait directement les Žtudiants fut en 1973 la loi sur le service militaire, dite loi DebrŽ. VotŽe en 1970, la loi commen�a ˆ �tre appliquŽe en 1973. Elle supprimait le sursis accordŽ pour les personnes effectuant des Žtudes au-delˆ de 21 ans. Ce mouvement concernait les nouveaux sursitaires, lycŽens principalement. Les Žtudiants se joignirent au mouvement, ayant des revendications propres ˆ porter sur la rŽforme des cycles universitaires (premier cycle notamment). Ce fut un moment important de manifestations sur Brest.
En 1973, lors des manifestations contre la rŽforme du premier cycle universitaire, eurent lieu des mobilisations importantes dÕŽtudiants Ð surtout en Lettres, o� lÕavenir Žtant moins sžr, les craintes ont toujours ŽtŽ plus fortes. Nous nÕŽtions pas nombreux ˆ porter la contradiction et ˆ se battre sur les positions du syndicat. Nous Žtions moins dÕune dizaine dans des salles de 500 Žtudiants et il fallait avoir de la conviction et de la voix pour se faire entendre. Nous avions organisŽ le blocus du conseil dÕuniversitŽ, prŽsidŽ par M. QuerrŽ. Nous Žtions ˆ lÕintŽrieur, proposant une motion, soutenus par le SNESUP, mais en minoritŽ cependant. Les bataillons professoraux des facultŽs de Droit et MŽdecine sÕopposant ˆ nous. Nous nÕarriv‰mes pas ˆ faire passer notre motion. Au moment du buffet (un ballet dÕemployŽs dÕun traiteur local se mettait en place, comme ˆ Versailles) nous bloqu‰mes toutes les issues et ravitaill�rent les Žtudiants bloqueurs. Nous ežmes au moins la satisfaction de voir les notables sÕŽchapper par les fen�tres de la salle du conseil. Au fil du temps nos contradicteurs Žvolu�rent, notamment par lÕapparition de quelques marxistes-lŽninistes, tendance bretonne, que je connaissais bien.
Apr�s les luttes de 1973, lÕŽbullition retomba, la grande majoritŽ des Žtudiants repartant ˆ ses occupations. Nous continuions m�me si nos troupes fondaient Ð le groupe important de lÕapr�s 68 avait fondu, chacun Žtait parti vers ses nouveaux projets et nous ne pouvions recruter de nouveaux militants. Notre local devenait un trop grand pour notre nombre qui sÕŽtait rŽduit. Etudiant en prŽparation du CAPES, je menai un dernier combat syndical relatif au nombre de postes aux concours. Nous Žtions en prŽparation sans m�me conna”tre le nombre de postes ˆ pourvoir. Lors de la visite du chef de cabinet de la ministre, Alice Saunier-SeitŽ, elle-m�me originaire de lÕUBO, nous mont‰mes une manifestation dÕŽtudiants, obtenant une entrevue avec R.-F. Le Bris, son directeur de cabinet. Ce fut, je crois ma derni�re action dÕimportance. Je garde un bon souvenir de cette action syndicale. Par la suite, jÕai eu lÕoccasion dÕ�tre responsable syndical dans mon lycŽe et de le reprŽsenter dans les instances rŽgionales du SNES. Devenu personnel de direction, je rejoignis le SNPDEN-FEN puis UNSA, syndicat majoritaire des personnels de direction. LÕUNEF Renouveau fut ma premi�re expŽrience syndicale, elle mÕamena ˆ �tre par la suite syndiquŽ pendant toute ma carri�re professionnelle, au total quarante-quatre annŽes de syndicalisme.
Sur les manifestations du 8 mai 1968 dans lÕOuest et le mouvement ŽtudiantÊ: BOUGEARD, Christian (dir.) ; et al.ÊLÕOuest dans les annŽes 68.ÊNouvelle Ždition [en ligne]. RennesÊ: Presses universitaires de Rennes, 2012 . ISBNÊ: 9782753568808. https://doi.org/10.4000/books.pur.129924.
[1]Laurent Jalabert, Panorama des mouvements Žtudiants dans lÕOuest autour de Mai 68, in ÇÊLÕOuest dans les annŽes 68ÊÈ, Presses universitaires de Rennes, 2012. Openedition.org, LÕOuest dans les annŽes 68 - Panorama des mouvements Žtudiants dans lÕOuest autour de Mai 68 - Presses universitaires de Rennes Ê