Souvenirs souvenirs (1969-1975), tŽmoignage de Jean-Pierre Palacin en avril 2021

Ce texte au format PDF

Note dÕAlain Miranda, l'auteur de la photo ci-contre (pour l'agrandir, cliquer)Ê: Voici une photo de Jean Pierre au 59�me congr�s du Renouveau ˆ la MutualitŽ.
Pour la petite histoire, nous avions fait une petite blague ˆ nos camarades parisiens chargŽs de lÕorga du congr�s. Jean Pierre avait barbe, casquette et tenue cubaine et nous lÕavions fait monter ˆ la tribune en indiquant quÕil Žtait reprŽsentant de Cuba.

Mes annŽes UNEF-RENOUVEAU ˆ Toulouse

Je mÕprŽsente, je mÕappelleÉ (non, pas Albert mais Jean-Pierre P.)

Apr�s le bac obtenu en juillet 68 (comme tout le monde ou presque cette annŽe-lˆ), attirŽ par le droit, je me suis inscrit ˆ la tr�s conservatrice Fac de Droit de Toulouse qui va vite devenir UniversitŽ des Sciences Sociales avec la rŽforme Edgar Faure promulguŽe le 12 novembre 1968Ê; cÕest aujourdÕhui, lÕUniversitŽ du Capitole. JÕentame une licence en droit en octobre et lÕannŽe suivante je mÕinscris aussi au Mirail (ex Fac de Lettres devenue UniversitŽ de Toulouse Le Mirail), haut lieu du gauchisme, universitŽ longtemps stigmatisŽe pour celaÉ AujourdÕhui, cÕest lÕUniversitŽ Jean Jaur�s.

JÕarrive donc ˆ Toulouse dans le climat post-soixante-huitard de lÕautomne, en m�me temps que beaucoup de jeunes dÕorigine populaire, dŽcouvrant un univers diffŽrent de mon petit lycŽe de campagne. JÕadh�re ˆ lÔ UNEF - Renouveau en 1970, et dans la foulŽe ce sera lÕUEC (Union des Etudiants Communistes) puis le PCF en 73.

JÕai pu obtenir Ð malgrŽ le militantisme tr�s chronophage -- une licence en droit public et une en lettres (Espagnol Ð Histoire), puis, recyclage audacieux, en 1975, jÕai rŽussi les Žpreuves du CAPES en Sciences Žconomiques et sociales. Apr�s trois ans de ÇÊpionicatÊÈ, la carri�re de prof de LycŽe sÕouvre ˆ moi.

Vous avez dit RenouveauÊ?É

AdhŽsion et militantisme ˆ lÕUNEF-RENOUVEAU

Saisi par le militantisme syndical, suite sans doute ˆ la lecture dÕun tract ou ˆ lÔissue dÕune rŽunion, jÕai rejoint les rangs de lÕUNEF-Renouveau naissante ˆ lÕUniversitŽ des Sciences Sociales, dans le courant de lÕannŽe scolaire 1969- 1970, et je suis pris dans la spirale de la vie militante.

Au niveau national, la vieille UNEF tenue par les Žtudiants du PSU va bient™t Žclater apr�s le congr�s dÕOrlŽans en mars 1970. En effet, successivement, apr�s les trotskistes frankistes (JCR et ComitŽs Rouges), les Žtudiants du PSU, et les mao•stes (HR) quittent la maison UNEF, obnubilŽs par la recherche dÕune implantation ouvri�re qui leur manque et avec comme objectif affichŽ, la crŽation dÕun mouvement politique de masse pour refaire mai 68 et enfin la rŽvolution (ÇÊce nÕest quÕun dŽbut, continuons le combatÊÈ). Aussit™t, le courant trotskiste lambertiste (AER/AJS/OCI) va disputer aux militants de lÕUEC la direction de ce qui reste de lÕorganisationÉ Il y a un autre enjeu, pas nŽgligeable, celui de contr™ler un certain patrimoine immobilier, comme ˆ Toulouse le local de lÕAGET et un petit Resto U, leÊÈ Clos NormandÊÈ, co-gŽrŽ avec le CROUS (Îuvres Universitaires). [ci-contre: PrŽsentation du resto-U dans le guide 1982-83 de lÕAget-Unef]

La justice est saisie (bien que bourgeoise), elle se borne ˆ constater (quandÊ?) que ÇÊde fait, lÕUNEF nÕexiste plusÊÈ (Le Monde). Alors, il va y en avoir 2Ê: dÕun c™tŽ, lÕUNEF-UnitŽ Syndicale crŽŽe par lÕAJS avec le soutien de FO et de la FEN, et de lÕautre, lÕUNEF-Renouveau lancŽe par la tendance animŽe par lÕUEC qui avait mis en place d�s janvier 1969 les premiers comitŽs UNEF - Renouveau avec des Žtudiants de gauche -- dont des jeunes socialistes (PS) des jeunes conventionnels (Convention des Institutions RŽpublicaines) et des membres de la JEC.

Alors, ˆ la demande de la direction nationale, nous recrŽons dans les formes lŽgales des comitŽs UNEF dans chaque UER et chaque UniversitŽ pour gagner la bataille juridique de la ÇÊmarqueÊÈ UNEF, ce qui va susciter les sarcasmes des mouvements gauchistes. En mars 1971, se tient ˆ Paris (ˆ la Sorbonne) le congr�s du renouveau [59�me de lÕUNEF] qui Žlit Guy Konopnicki comme prŽsident. Notre UNEF est alors reconnue par la CGT et toutes les organisations proches du PCF.

Avec le mot dÕordre rassembleur dÕune ÇÊUniversitŽ dŽmocratiqueÊÈ, la dŽtermination et le travail de terrain vont finir par payer puisque par la suite lÕUNEF-Renouveau va pouvoir prendre la direction de la FRUF en 1969 (organisation sÏur dans les rŽsidences universitaires) et lÕUGE en 1970 (Union des Grandes Ecoles, cÕest lÕUNEF dans les grandes Žcoles et les Žcoles dÕingŽnieurs, nombreuses ˆ Toulouse).

Il y a aussi le cas de la MNEF, la fameuse SŽcuritŽ sociale Žtudiante, contr™lŽe un temps par les ÇÊgauchistesÊÈ du PSU et qui va aussi faire lÕobjet dÕune bagarre car elle dispose de moyens matŽriels et humains et de structures mŽdicales. En 1972, ce sont des Žtudiants du PS qui en prennent le contr™le, lÕUNEF Ð Renouveau ne jouant dans cette structure quÕun r™le marginal, avec une prŽsence au BN en 1973-1975).

Il ne reste plus quÕˆ relancer lÕUNEF, rŽnovŽe, pour en faire une CGT en milieu ŽtudiantÉ

LÕactivitŽ de lÕUNEF-RENOUVEAUÊ: ÇÊIl faut impulserÊÈ

Vers une CGT ŽtudianteÊ?

D�s le dŽbut, lÕUNEF-Renouveau avec le soutien logistique de lÕUEC et du PCF va mettre en place une organisation calquŽe sur lÕex UNEF avec des comitŽs dans toutes les universitŽs, dŽcentralisŽs par niveau ou par disciplines, et regroupŽs en Associations GŽnŽrales dans chaque ville universitaire. A Toulouse, ce sera plus facile car lÕAssociation GŽnŽrale des Etudiants de Toulouse existe, dŽjˆ contr™lŽe ÇÊphysiquementÊÈ par nos camarades apr�s le dŽpart du dernier bureau tenu par les ESU. Les artisans du ÇÊRenouveauÊÈ Žlisent un prŽsident non communiste, nommŽ Cazes, mais lÕUEC est majoritaire au bureau de lÕAGET.

Le dŽbut des annŽes 70 ce sont des annŽes ÇÊchaudesÊÈ sur le plan social et le monde Žtudiant nÕy Žchappe pas car toutes les nuances de la gauche et de lÕextr�me gauche sont prŽsentes et actives (qui nÕa pas ŽtŽ rŽvolutionnaire ˆ 20 ansÊ?)

LÕessentiel de lÕactivitŽ de lÕUNEF Ð Renouveau porte sur les probl�mes matŽriels des ŽtudiantsÊ: amphis, salles de cours et biblioth�ques surchargŽs, prix du ticket de Resto U, nombre de chambres insuffisant en CitŽs U, Žquipements sportifs faibles, insuffisance des boursesÉ De nombreux tracts sont distribuŽs devant les Resto U et aux entrŽes des Facs. La solidaritŽ internationale nÕest pas oubliŽe avec deux principaux objetsÊ: la rŽpression en Espagne franquiste avec ses proc�s politiques et ses exŽcutions, la longue guerre du Vietnam aussi et ses horreurs. Des dŽfilŽs anti-franquistes et anti-amŽricains puissants sont rŽguli�rement organisŽs dans les rues de Toulouse, rŽunissant tous les mouvements progressistes et anti-impŽrialistes avec chacun ses slogans, les gauchistes, tr�s bruyants, toujours derri�re, tenus ˆ distance selon le cas par le SO de la CGT ou du PCF. Et, bien sžr, le 1er mai aussi des dŽfilŽs importants traversent Toulouse finissant toujours avec lÕInter... [Voir la page Manifestations unitaires de solidaritŽ internationale, en cliquant sur le lien ou la vignette

Pour faire avancer les revendications Žtudiantes, d�s le dŽpart, il avait ŽtŽ dŽcidŽ avec la mise en Ïuvre de la loi Edgar Faure, de prŽsenter des candidats aux Žlections des dŽlŽguŽs Žtudiants aux Conseils dÕUER comme prŽvu par la loi qui rŽorganise en profondeur lÕUniversitŽ, rempla�ant les vieilles facultŽs aux mains des ÇÊmandarinsÊÈ. Mais en Droit- Sciences Žco, le changement sera limitŽ, le prŽsident de lÕUniversitŽ des Sciences sociales Marty remplacera le doyen de la Fac de Droit sortantÉ Marty.

Pour ma part, je suis Žlu en 1970 au conseil dÕUER Droit 1er cycle avec 2 autres camarades (L. Guerby et J-F. Subercaze) puis au Conseil de lÕUniversitŽ des Sciences Sociales o� nous serons dÕabord 4 avec un Žlu au moins en Sciences Žco (Y. Treilhes) et bient™t 6 É LÕannŽe suivante, je suis Žlu au Conseil dÕUER 2e cycle, avec A. Miranda É Cette participation constitue un gros point de friction avec les mouvements gauchistes qui dŽnon�aient tous la ÇÊparticipation bidonÊÈ et la ÇÊgestion de la pŽnurieÊÈ. Ce fut quand m�me un champ de revendication sinon de luttes qui nous a permis, en tant quÕunique organisation syndicale Žtudiante de gauche prŽsente, dÕavoir de nombreux Žlus un peu partoutÊ; ceux-ci Žtant lŽgitimes pour sÕadresser aux Žtudiants, dŽnoncer la politique universitaire des gouvernements successifs de Pompidou puis Giscard et faire sŽrieux par rapport ˆ lÕagitation gauchiste.

Toutefois sur le plan pratique et immŽdiat, en Droit, nous Žtions minoritaires. Je me rappelle juste ou trois sŽances du Conseil de lÕUniversitŽ des Sciences SocialesÊ: une, o� il a ŽtŽ impossible de dŽgager une majoritŽ pour donner un vrai nom ˆ lÕUniversitŽ (quant ˆ nous, audacieux, nous proposions Jean Jaur�sÉÊ!) et une autre fois, nous vot‰mes contre lÕinterdiction de la ÇÊpropagande politiqueÊÈ dans lÕenceinte de lÕUniversitŽ, interdiction proposŽe par le PrŽsident, ce qui fut approuvŽ Žvidemment par une tr�s large majoritŽ ÇÊapolitiqueÊÈ regroupant les profs, les Žlus FNEF et autre formations se disant politiquement neutresÉ Une autre, enfin o� le PrŽsident proposa lÕadmission de personnalitŽs extŽrieures, les Žlus UNEF-Renouveau Žtions contre car cela supposait lÕarrivŽe franche dÕintŽr�ts privŽs, du monde des affaires ˆ la barre des facs, on nous rassura en disant que ces personnalitŽs ne chercheraient pas ˆ se faire da la pub et resteraient neutres, mais le vrai probl�me Žtait lÕarrivŽe de tenants du ÇÊkapitalÊÈ et du libŽralisme, lˆ-dessus les ÇÊgauchistesÊÈÊavaient raisonÊ; nous allions co-gŽrer lÕUniversitŽ avec le patronat et devoir avaliser toutes les formations ÇÊprofessionnalisantesÊÈ demandŽes par les patrons.

Pourtant, en interne, du haut de leur chaire et v�tus de leur robe, les profs faisaient de la politique sans prendre des pincettes, je me rappelle Pallard, ˆ la fin de son cours annuel de droit commercial nous disantÊ: ÇÊ jÕesp�re quÕˆ lÕissue de ces confŽrences vous aurez acquis plus de sympathie pour le monde du commerce et des affairesÊÈ et pire, MontanŽ de La Roque dans le Grand Amphi de la rue Lautman lan�antÊ: ÇÊnon mais, franchement, vous vous voyez tous pareilsÊ?ÊÈ pour rŽgler son compte au communisme. En avril 1969, le m�me, rŽpondant ˆ un Žtudiant qui lui demande dÕexpliquer son article paru dans la DŽp�che du Midi et opposŽ au rŽfŽrendum du gŽnŽral de GaulleÊ: ÇÊsi un Žtudiant en droit constitutionnel nÕa pas compris, alors quÕen sera-t- il du lecteur moyen de ce journalÊ?

En mars 1972, a lieu le Congr�s National suivant, ˆ Paris (60�me congr�s ˆ la MutualitŽ), jÕy participe avec enthousiasme. Nous y acclamons notamment le reprŽsentant de la GUPS (Union GŽnŽrale des ƒtudiants Palestiniens) m�me lorsquÕil rŽaffirme (en anglais) sa volontŽ deÊÇÊdŽtruire lÕEtat dÕIsra‘lÊÈ. Le soir, nous chantons ou nous apprenons des hymnes rŽvolutionnaires avec lÕInternationale en premier bien sžr, puis La Jeune garde et des chants bolcheviks en VFÉ

A lÕUniversitŽ des Sciences Sociales, encore tr�s ÇÊrŽacÊÈ, les dŽbuts sont difficiles pour une organisation suspectŽe dÕ�tre krypto-communiste, vu la prŽŽminence ancienne de la ÇÊCorpoÊÈ affiliŽe ˆ la FET- FNEFÊ; toutefois, lÕactivitŽ ÇÊsyndicaleÊÈ de celle Ðci se borne ˆ vendre des polycops et organiser des booms. Peu ˆ peu les militants du Renouveau se font conna”tre par des prises de parole et des distributions de tractsÊet vont bŽnŽficier de lÕentrŽe en masse des Žtudiants issus de couches sociales populaires perceptible notamment apr�s le bac 68. Il y a parmi eux beaucoup dÕŽtudiants boursiers ou salariŽs. ConsŽquence du ÇÊbaby Ð boomÊÈ, lÕuniversitŽ sÕouvre et se massifie, gr‰ce ˆ notre action elle se dŽmocratise aussi un peu. La signature en 1972 du Programme Commun de Gouvernement de la gauche va aussi aider ˆ notre dŽveloppement, chaque annŽe nous gagnons des voix et des Žlus.

Les militants de lÕUEC le rŽpŽtaient souventÊ: ÇÊil faut prendre les gens ˆ leur niveau de conscienceÊÈ, �a se tient, donc nous nous adressons ˆ tous les Žtudiants. Alors, tout est bon au dŽpart pour les accrocher (m�me des polycops mal imprimŽs, des horaires de cours qui se chevauchent ou un prof absent sans prŽvenir), pour prendre la parole, distribuer un tract, lancer une pŽtition ou appeler ˆ une manif contre les rŽformes du pouvoir (mais lˆ avec les comitŽs UNEF des autres UniversitŽs). Premier but, faire des adhŽsions, ensuite isoler la Corpo qui se contente de vendre des polycops et enfin dŽnoncer les ÇÊaventuristesÊÈ gauchistes. Le mot dÕordre principal Žtant ÇÊpour une universitŽ dŽmocratiqueÊÈ. La gestion du Resto U ÇÊle Clos NormandÊÈ et une coopŽrative crŽŽe pour vendre des produits en direction des Žtudiants sont aussi des gages de sŽrieux.

LÕUNEF Ð Renouveau participe aux Žlections pour les Conseils dÕUER, obtient des Žlus et acquiert donc le droit de sÔexprimer en tant que syndicat dans lÕenceinte de lÕUniversitŽ. CÕŽtait quasiment impossible du temps de la Fac de droit (avant 68) vu la prŽsence cde nombreux groupes dÔextr�me droite ˆ qui la direction de la fac avait dŽlŽguŽ (de fait) la t‰che de faire respecter lÕordreÊ; dans les cas graves, le doyen devenu prŽsident pouvait appeler les forces de lÕordre . Chez les profs de droit, au-delˆ du cercle habituel des libŽraux traditionnels, il y a des sympathisants de lÕextr�me droite (comme MontanŽ de La Roque) m�me des anciens pŽtainistes (comme Ourliac). En 1968-69 et en 1969-70, le cri favori des ÇÊfachosÊÈ, ÇÊles bolchos ˆ MoscouÊÈ se fait encore entendre dans lÕanonymat des grands amphithމtres et des tracts Žtaient encore distribuŽs avec quelques affichettes signŽs Action Fran�aise ou Mouvement Jeune RŽvolution (lÕUNI et le GUD Žtant peu actifs en public).

Mais lÕarrivŽe de nouveaux Žtudiants dÕorigine modeste venus ˆ la Fac pour trouver un mŽtier, notamment dans la fonction publique (et pas pour faire la f�te comme les fils ˆ papa de la Corpo), et la montŽe concomitante des idŽes de gauche vont progressivement rŽduire lÕinfluence des ÇÊfachosÊÈ. DÕailleurs beaucoup, prudents, se reconvertissent bient™t dans le gaullisme de droite ou le giscardisme.

CÕest beaucoup plus compliquŽ en Lettres (UniversitŽ du Mirail ou UTM)) pour lÕUEC et lÕUNEF Ð Renouveau car en Lettres et Sciences humaines les mouvements gauchistes, fiers acteurs et hŽritiers de mai 68, sont tr�s influents (toutes obŽdiences confondues). Certains dŽpartements comme philo, socio, psycho ou gŽographie sont des rŽservoirs de militants. Du c™tŽ de ces groupes, il y a une vŽritable haine ˆ notre Žgard (nous sommes des ÇÊrŽvisosÊÈ, ÇÊcollabosÊÈ, des ÇÊrŽformistes staliniensÊÈ, des ÇÊstalsÊÈ ou desÊÇÊcontre-rŽvolutionnairesÊÈ,É) et nous le leur rendons bien en les traitant de ÇgauchosÊÈ, ÇÊprovocateursÊÈ, ÇÊflicsÊÈ, ÇÊaventuristesÊÈ et autres ÇÊpetits bourgeoisÊÈ, ÇÊagents du pouvoirÊÈÉ

Les militants gauchistes avec leurs comitŽs dÕaction, devenus comitŽs de lutte, organisent ˆ tout propos dans lÕenceinte du Mirail des AG, ils sont passŽs ma”tres dans la manipulation de ces rŽunionsÊ; sinon, ce sont des meetings tenus tr�s souvent au cŽl�bre Palais des Sports. Je me souviens dÕune pub pour un meeting de Rouge/la Ligue communiste, peinte en grades lettres sur un mur de lÕUTM ÇÊMeeting au Palais des Sports/Ligue Communiste (date)/avec Krivine-Bensa•d-WeberÊÈ, une main facŽtieuse anonyme avait ajoutŽ ÇÊTous des AuvergnatsÊÈ. Plut™t rigolo et de bonne guerreÊ! AujourdÕhui, il y aurait eu une plainte pour injures racistes. A lÕŽpoque tous les murs servaient de support pour les slogans politiques.

Au Mirail, les Žlections des dŽlŽguŽs Žtudiants constituent toujours une aventure et tournent souvent au coup de poing avec comme rŽsultat des urnes renversŽes ou subtilisŽes. Sans se dŽcourager les militants du Renouveau Ð nombreux en histoire et langues -- continuent leur activitŽ et arrivent ˆ obtenir des Žlus dans les Conseils dÕUER et au Conseil dÕUniversitŽ o�, avec les Žlus des syndicats enseignants (SNESUP et SGEN) et non enseignants (CGT, FEN et CFDT) peuvent se constituer des majoritŽs progressistes permettant de combattre la politique universitaire du gouvernement.

Une particularitŽ de mai 68 avait survŽcu, ˆ la Section dÕEspagnol, et cela mŽrite quelques lignes. Une AssemblŽe Paritaire (profs Ð Žtudiants) fonctionnait, Žlue au suffrage universel, elle traitait des probl�mes administratifs et pŽdagogiques de la Section pour le plus grand bŽnŽfice de tousÊ; je me rappelle y avoir participŽ car la seule liste Žtudiante prŽsentŽe fut en 1969 ou 1970 la n™tre. Mais en 1972, la conjonction entre le refus de toute assemblŽe Žlue par les groupes ÇÊgauchistesÊÈ et lÕapplication brutale des nouveaux statuts de la loi Faure (les Conseils dÕUER) fit capoter cette expŽrience pourtant authentiquement autogestionnaire, lÕAP Ð que nous dŽfendions - fut supprimŽeÉ Pourtant, parmi les profs il y avait des rŽpublicains espagnols libertaires (ou leurs descendants) qui avaient poussŽ en 1968 pour crŽer cette structureÉ [ci-contre, tract de l'autre UNEF, celle de l'AJS, ˆ ce sujet]

Paradoxe (apparent seulement)Ê: en Droit, lÕUNEF Ð Renouveau cÕest la gauche revendicative et active, et en Lettres, cÕest la droite car nous sommes dŽsignŽs comme partisans de la rŽforme Faure, contre les AG qui lancent rŽguli�rement des appels ˆ la gr�ve rŽvolutionnaire et donc pour lÕordre. Nous avons un argument convaincant pour combattre le prurit rŽvolutionnaireÊ:ÊÇÊles Žtudiants boursiers ou salariŽs ne peuvent pas se payer le luxe de rater les examensÊÈ et �a marche.

Parfois des erreurs sont commises selon moi comme ˆ la CitŽ U Chapou en 1969-70 quand, apr�s des Žlections avec 3 listes en prŽsence, au sein de lÕAssociation des RŽsidents (ARC), nous nous allions, non sans dŽbat, avec des ŽlŽments ÇÊapolitiquesÊÈ contre les Žlus de la liste ÇÊgauchisteÊÈ pour gŽrer les activitŽs culturelles de la CitŽ. Antigauchisme dÕabordÉÊ! Notre refus aussi de participer aux grandes manifestations de protestation contre lÕassassinat de lÕouvrier militant mao•ste P. Overney par un vigile chez Renault (fŽvrier 1972), a dž nous aliŽner des sympathies.

Simple remarque pour finir sur ce point, la CFDT a essayŽ ˆ cette Žpoque de sÕimplanter en milieu Žtudiant en crŽant et en soutenant le MARC (Mouvement dÕAction et de Recherche Critiques) et ce, d�s 1968, en espŽrant concurrencer lÕUNEF. Devenu MAS (Mouvement dÕAction Syndicale) en 1976 et restŽ marginal, il rejoindra lÕautre UNEF en 1980, ainsi que le le petit COSEF, organisation crŽŽe en 1975 par des jeunes socialistes mitterrandistes.

Quelques anecdotes personnelles sur cette Žpoque

DÕabord un bruit, qui courrait au dŽbut dans nos rangsÊ: le PCF aurait financŽ le lancement du Renouveau, cÕest Žvidemment invŽrifiable mais tellement vraisemblable et puis, apr�s tout, bien normal.

Par ailleurs, jÕai pu constater par moi-m�me que lesÊÇÊcamarades syndiquŽsÊÈ de lÕUNEF (comme les militants de lÕUEC appelaient les syndiquŽs non communistes) constituaient un champ de recrutementÊ ÇÊnaturelÊÈ pour lÕUEC dÕabord, puis pour le PCF. En 1971, celui-ci publie son programme (ÇÊChanger de capÊÈ) qui prŽc�de de peu la signature du Programme commun de la gauche en 1972, incontestablement, les idŽes de gauche montent et lÕambiance des luttes donne envie dÕagir et de sÕengager plus.

LÕagressivitŽ des ÇÊgauchistesÊÈ ˆ notre Žgard sÕest manifestŽe plusieurs fois. Je me rappelle notamment le jour o� nous tenions un congr�s UNEF-Renouveau au niveau toulousain dans les prŽfabriquŽs de lÕArsenal, tout dÕun coup de nombreux jets de pierre bris�rent les fen�tres du b‰timent, tr�s vite dehors, nous constat‰mes que les assaillants Žtaient loin (mais cela a pu �tre aussi bien lÕÏuvre des ÇÊfachosÊÈ).

Des bagarres ÇÊphysiquesÊÈ il y en a eu et je peux me vanter dÕen avoir ŽvitŽ une le jour o� le prŽsident de lÕAGET Ð UNEF ˆ un militant mao•ste ÇflicÊÈ qui dans mon souvenir nous avait jetŽ ÇÊrŽvisosÊÈ, le mao prit mon camarade par le col et cela aurait pu mal tourner si je ne les avais sŽparŽs car le pro-chinois Žtait costaud, le bougre.

Plus plaisant, un jour nous Žtions 3 ou 4 militants de lÕUNEF Ð Renouveau allant manger au Resto U et dans un coin nous voyons un paquet de tracts vite identifiŽs, que nous mis dans une poubelle proche, cÕŽtait la littŽrature de lÕAJS ou de lÕautre UNEF, nous all‰mes manger contents de nous.

Je me rappelle aussi le militant J-Paul Montferrand nous disant rŽguli�rement au MirailÊ: ÇÊ il faut impulserÊÈ (les luttes/les revendications). Il deviendra journaliste ˆ lÕHuma, mais dŽcŽdera relativement jeune.

Et cet autre militant, une estafilade au visage, lan�ant, un jour dÕŽlections, debout sur une table au Resto U du MirailÊ: ÇÊnous sommes contre la violenceÊÈ, laissant tomber de son blouson une matraque, dŽclenchant alors les rires de lÕassistance.

Enfin, quelques annŽes plus tard, le congr�s national de lÕUNEF se tenait ˆ Toulouse (cÕŽtait en mai 1976, jÕŽtais alors prof stagiaire) et lÕorganisation antiraciste dans laquelle je militais (le MRAP) fut invitŽe, mes amis me demand�rent dÕy aller pour reprŽsenter cette organisationÊ; on mÕoffrit de prendre la parole en son nom, je ne mÕy attendais pas et je dus improviser un petit discours, commen�ant par me prŽsenter comme ancien militant de lÕUNEF et finissant par inviter tous les Žtudiants qui mÔŽcoutaient ˆ devenir des militants antiracistes, intervention qui fut Ð dans mon souvenir-- fort applaudie, ma foiÉ

Conclusion tr�s personnelle (presque 50 ans apr�s)

De ces annŽes lˆ, selon moi, quelques points forts ressortent.

On ne peut pas se contenter de dire aujourdÕhui ÇÊon avait raisonÊÈ mais peut-�tre a-t-on dit moins de b�tises que les fameux ÇÊgauchistesÊÈ dont beaucoup, renon�ant au dŽsir de rŽvolution, ont rejoint par la suite le monde des affaires, des mŽdias ou de la politique, et du bon c™tŽÉ Mais je ne citerai pas de noms, tout le monde en connaitÉ Et puis, cÕest humain quand m�me, ÇÊil nÕy a que les imbŽciles qui ÉÊÈ (proverbe bien connu)

Pourtant lÕidŽe de construire une CGT du monde Žtudiant nÕŽtait pas si sotte, et nous avons rŽussi en partie je crois ˆ la rŽaliser, m�me si depuis, de lÕeau a coulŽ.

Ce qui est sžr cÕest que lÕUNEF Ð Renouveau a ŽtŽ un fantastique terrain de recrutement de militants et de cadres pour lÕUEC et le PCF et apr�s tout, pourquoi pasÊ? CÔest sans doute moins pire que de voir comment le PS mitterrandien a captŽ, utilisŽ et dŽtruit lÕUNEF ainsi que la MNEF avec lÕaide (intŽressŽe ) des militants de lÕOCI qui ont cŽdŽ bien facilement ˆ la sŽduction des ÇÊors de la RŽpubliqueÊÈ.

Et que dire de ce qui se prŽtend lÕUNEF aujourdÕhuiÊ?

Jean-Pierre Palacin
11 avril 2021, Payrin-Augmontel

Post-scriptum: une (petite) derni�re anecdote

Vers 1971- 1972, notre Unef - Lettres organise une manif revendicative depuis la rue Lautman (anciens locaux de la fac de Lettres) en direction du Rectorat. A un moment, nous dŽmarrons avec une banderole et quelques militants gauchistes nous comptent : "1, 2 , 3, etc. jusqu'ˆ ... 120". Je suis le dernier avec mon solex; gonflŽs nous dŽfilons en ville jusqu'ˆ notre but, en Žvitant les voitures... Le lendemain, ˆ la Fac des affiches nous montrent, photos ˆ l'appui et avec cette lŽgende, en gros, "sur les trottoirs!". Nous, nous appelions �a une "dŽlŽgation de masse". RŽtrospectivement, on peut dire "pas ridicules" mais "courageux !"

JPP