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Emmanuel Lyasse Nous avons, durant l'hiver dernier, retrouvŽ et publiŽ sur le site beaucoup de documents de l'annŽe 1971, que nous n'avons pas encore eu le temps de commenter. On souhaite ici commencer ce travail par un des plus intŽressants, des plus Žnigmatiques aussi, dans sa forme comme dans son fond, conservŽ dans le fonds Jean Duma des archives de Seine Saint-Denis. Il s'agit de l'assemblŽe gŽnŽrale du 14 fŽvrier 1971, le moment dŽcisif de ce qu'on appelle couramment la scission (et il n'y a pas, dans ce cas, de raison dŽcisive de ne pas faire comme tout le monde), mais qui n'en fut pas vraiment une, plut™t la fondation par le Renouveau d'une nouvelle Union nationale revendiquant la continuitŽ avec l'ancienne (tandis que l'OCI faisait la m�me chose parall�lement) Ce document de quatorze pages, qui semble en �tre un compte-rendu officiel, commence par une liste de cinq pages des CA prŽsents, indiquant pour chacun un nombre de cartes, qui est le sujet principal de cette contribution, suivie du texte de l"ÇÊintervention liminaireÊÈ de Philippe MŽhaut, de l'AGEN de Nancy (quatre pages), de l'intervention de Guy Konopnicki, qualifiŽ de ÇÊmembre de la commission de contr™le de l'UNEFÊÈ (deux pages), et de trois motions adoptŽes, une convoquant le 59e congr�s de l'UNEF pour les 5, 6 et 7 mars, une autre contre les subventions ˆ l'enseignement privŽ, la derni�re adressŽe ˆ l'ambassadeur d'AlgŽrie pour protester contre la dissolution de l'Union nationale des Žtudiants algŽriens. Il a paru utile pour l'Žclairer d'avoir recours ˆ d'autres de l'annŽe prŽcŽdente, ˆ propos du 58e congr�s de l'UNEF tenu ˆ OrlŽans du 1er au 5 avril 1970, la dŽclaration du Renouveau du 17 mars, intitulŽe Une prŽparation anti dŽmocratique prŽsage-t-elle un congr�s bidonÊ? et l'intervention de Guy Konopniki, en son nom, au congr�s, Žgalement retrouvŽes dans le fonds Duma, et un postŽrieur, une liste des cartes de notre UNEF AGE par AGE de 1971 ˆ 1975, en province uniquement (malheureusement), trouvŽe et conservŽe par Marc Rossetti dont la premi�re colonne donne un ŽlŽment tr�s intŽressant de comparaison[1]. On parlera, bien sžr, des statuts de 1969 de l'UNEF. On aura aussi recours aux mŽmoires de Xavier Dubois et de Sylvain Henry sur deux AGEL, celle de Lille et celle de Lyon, tous deux sur le site. Deux prŽcautions liminaires avant d'aborder le fond. Il sera ici question de cartes et de mandats, puisque c'est avec ce genre de choses qu'on s'affrontait, conformŽment ˆ la r�gle de ce jeu. Bien Žvidemment, on ne se demandera pas dans quelle mesure ces cartes donnant des mandats correspondaient ˆ des adhŽrents rŽels. C'est une consŽquence de la r�gle de ce jeu qu'il est impossible de distinguer les vraies cartes des fausses dans le feu de l'action, ˆ plus forte raison apr�s cinquante ans. Les nombres de cartes affichŽs sont une donnŽe historique. Leur rŽalitŽ Žventuelle ne peut, faute de sources, que relever de la prŽhistoire. D'autre part, on dŽsignera, comme on l'a dŽjˆ fait ailleurs, les diffŽrentes forces en prŽsence par les noms des courants politiques les dirigeant (en sachant bien sžr que tous leurs militants n'en Žtaient pas forcŽment), PSU ou ESU, OCI ou AJS, sans s'embarrasser des laborieuses pŽriphrases qu'on trouve chez les historiens officiels. Une exception sera faite pour le Renouveau, dont on ne peut pourtant nier qu'il ait ŽtŽ dirigŽ par l'UEC, qui l'avait fondŽ (Ce n'est pas moi qui le dis, mais Pierre Zarka, au dŽbut d'un rapport ˆ la journŽe d'Žtudes nationales de l'UEC du 17 janvier 1971: ÇÊNous avons crŽe la tendance UNEF RenouveauÊÈ (datŽ de 1970 sur la couverture par une erreur manifeste au vu de son contenu). Il s'agit certes de la seule tendance alors officiellement constituŽe et nommŽe dans l'UNEF, mais ce n'est pas une raison suffisante. Avouons qu'il y a lˆ une part de coquetterie, et surtout un souci de mŽnager la sensibilitŽ de certains de nos lecteurs. Qu'il soit clair que �a ne change rien quant au fond. IÐ Une tentative de combler un vide statutaire Pour situer ce document dans son contexte[2], il faut rappeler que la direction PSU issue du 70e congr�s s'Žtait littŽralement Žvanouie ˆ la veille du CN de janvier, tirant les consŽquences de son incapacitŽ ˆ diriger l'UNEF, laissant face ˆ face les deux autres tendances officiellement minoritaires d'OrlŽans, le Renouveau et UnitŽ syndicale (lambertiste). Le CN a permis de vŽrifier que l'accord entre elles Žtait impossible. Les statuts ne prŽvoyaient absolument rien en cas de vacance du BN[3]. Ce qui ressemblait le plus ˆ une solution Žtait la convocation d'une AssemblŽe gŽnŽrale extraordinaire en cas de dŽsaccord entre BN et CN. Mais elle devait �tre convoquŽe par le CN (dont la tenue Žtait impossible, puisqu'il n'y avait ni BN pour le convoquer, ni entente possible entre les deux tendances), et pour ses modalitŽs les statuts renvoyaient (comme d'ailleurs pour celles du congr�s) ˆ un r�glement intŽrieur qui, ˆ ma connaissance, n'avait jamais ŽtŽ Žcrit. Alors que les lambertistes, majoritaires dans ce qu'il reste du CN sans PSU sur la base des mandats reconnus au congr�s d'OrlŽans, 610 contre 304 au Renouveau (on y reviendra) lui font adopter la tenue d'un congr�s ˆ Dijon en fŽvrier, le Renouveau rejette cette dŽcision, dŽclare que le CN n'a pas pouvoir de convoquer un congr�s et que seule une assemblŽe gŽnŽrale extraordinaire peut, en l'absence de BN, le faire. La diffŽrence entre les deux est de taille. Le CN est composŽ de deux dŽlŽguŽs par AGE de province, un par CA de Paris o� il n'y a plus d'AGE (on y vient), mais vote sur la base des mandats validŽs au congr�s prŽcŽdent. Quels que soient les prŽsents et les dŽbats, le rŽsultat final ne peut �tre que 610 ˆ 304, les structures tenues par le PSU l'annŽe prŽcŽdente Žtant comptŽes comme s'abstenant. Pour l'AG, qui a les pouvoirs du congr�s, on compte ˆ nouveau les mandats (en thŽorie, puisque ses modalitŽs ne sont pas dŽfinies), ce qui permettait au Renouveau de rŽcupŽrer ceux des structures o� il Žtait minoritaire face au PSU et reste seul. Mais tout cela reste thŽorique, puisque le BN disparu ne peut convoquer d'AG, que le CN lambertiste ne veut Žvidemment pas, et qu'il n'y aurait de toute fa�on pas moyen de s'entendre sur la reconnaissance des mandats. Devant ce vide statutaire, la th�se du Renouveau est que c'est aux structures de base de supplŽer l'absence d'Union nationale, qu'une AG convoquŽe par un grand nombre d'entre elles, o� la majoritŽ viendront, sera lŽgitime contre un CN non reprŽsentatif. Lˆ vient une nouvelle complication. Depuis 1907, les structures de base adhŽrentes de l'UNEF Žtaient les AGE, association gŽnŽrale des Žtudiants d'une ville, elles-m�mes structurŽes en corpos correspondant ˆ une facultŽ ou quelque chose d'assimilable, sauf ˆ Paris o� depuis que l'AGEP avait disparu dans les annŽes trente[4] les anciennes corpos avaient le statut d'AGE. Les statuts adoptŽs en mai 1969, en application de la dŽcision du congr�s de Marseille de transformer l'UNEF de syndicat Žtudiant en Ç organisation politique de masse È, voulue par les Žtudiants du PSU et quelques autres, combattue par le Renouveau, avaient changŽ cela, en crŽant comme nouvelle structure de base, les comitŽs d'action UNEF (article 3), dont la dŽfinition Žtait tr�s floue Ç unitŽ de base de l'UNEF sur un terrain de lutte limitŽ (UER, FacultŽ, section annŽe, C.U) È. Ils devaient �tre des associations dŽclarŽes et obtenir leur reconnaissance par le CN, sur proposition du BN, ˆ ratifier ensuite par le congr�s. Summi fastigii vocabulum: le BN, qui avait donc seul l'initiative, s'arrogeait ainsi le pouvoir d'interdire l'affiliation ˆ l'UNEF de tout comitŽ lui dŽplaisant sans recours possible, alors qu'il ne pouvait auparavant se dŽbarrasser d'une AGE reconnue sans une procŽdure d'exclusion. On en verra certains effets, en particulier ˆ Lille[5]. Devant la multiplication des comitŽs candidats permises par le flou des statuts, le BN avait Žgalement usŽ de ce pouvoir discrŽtionnaire pour n'accepter, contre leur lettre, que des comitŽs de FacultŽ (Lettres, Sciences, Droit, MŽdecine, Pharma), ni d'UER, ni d'annŽe, dans les universitŽs de province[6], ce qui rŽduisait fortement le caract�re de l'innovation qui se limitait ˆ remplacer comme structure de base les AGE par les corpos, sous le contr™le du BN gr‰ce ˆ la table rase que la modification impliquait. Notons au passage que le mode de scrutin Žtait, comme dans l'UNEF d'avant au niveau des AGE, strictement majoritaire. Sauf accord prŽalable, strictement impossible dans la pŽriode qui nous intŽresse, ceux qui Žtaient les plus nombreux, m�me ˆ une voix pr�s, se voyaient attribuer tous les mandats du comitŽ, ˆ raison d'un pour dix adhŽrents. La consŽquence Žtait qu'une tendance ou un groupe assurŽ d'�tre minoritaire dans un comitŽ n'avait absolument aucun intŽr�t ˆ y faire des cartes, ce qui Žtait dŽpenser de l'argent pour contribuer ˆ grossir le nombre de mandats donnŽ ˆ sa majoritŽ (mais pouvait, dans ce contexte troublŽ, en crŽer un concurrent et solliciter sa reconnaissance par le BN en lieu et place de celui prŽexistant. On verra cela). Hors ceux, assez rares vraisemblablement, o� la majoritŽ Žtait disputŽe, les comitŽs seront donc ˆ peu pr�s monocolores. De plus, les statuts de 1969 ont cette particularitŽ que le nombre de dŽlŽguŽs au congr�s n'Žtait pas proportionnel au nombre de mandats, lui m�me proportionnel au nombre d'adhŽrents. Il y avait (article 5) un dŽlŽguŽ pour chacun, un deuxi�me ˆ partir de cinquante adhŽrents, le troisi�me ne venant qu'ˆ cinq cents, soit tr�s exceptionnellement comme on le voit ˆ la liste que nous commentons, ces dŽlŽguŽs ayant autant de voix que le comitŽ avait de mandats. On peut remarquer, sans aucun moyen, rŽpŽtons le, d'Žvaluer l'ampleur Žventuelle du phŽnom�ne, qu'un tel syst�me encourageait la fabrication de fausses cartes. Quand, comme �a a ŽtŽ ensuite le cas dans notre UNEF (au contraire de l'UNEF-ID puis de la ÇÊrŽunifiŽeÊÈ), chaque dŽlŽguŽ n'a qu'un mandat, ce jeu a une limite naturelleÊ: il ne sert ˆ rien de faire plus de fausses cartes qu'on a de vrais dŽlŽguŽs pour porter les mandats ainsi obtenus. Lˆ, deux vrais dŽlŽguŽs pouvaient tout aussi bien porter cinq mandats donnŽs par cinquante et une cartes, que cinquante donnŽs par quatre cent quatre-vingt dix-neuf. Le Renouveau avait, logiquement, dŽnoncŽ ce changement de statuts, dans une dŽclaration publiŽe par son bulletin du 19 mai 1969. Il n'en Žtait pas moins obligŽ de s'en rŽclamer, alors qu'ils ne contenaient rien qui pžt rŽsoudre le probl�me posŽ par la disparition du BN. DifficultŽ supplŽmentaire, quand il s'agissait de se faire reconna”tre officiellement comme l'UNEF, ces statuts n'avaient aucune valeur lŽgale, ni d'ailleurs les prŽcŽdents en vigueur dans les annŽes soixante. Pour la prŽfecture, les seuls valables restaient ceux de 1929, depuis longtemps obsol�tes qui, du fait de la dŽclaration d'utilitŽ publique, ne pouvaient �tre modifiŽs sans l'agrŽment du ministre de l'IntŽrieur, agrŽment jamais obtenu pour les modifications faites depuis la LibŽration[7], m�me pas recherchŽ pour celle de 1969. IIÑ Des chiffres pour prouver une majoritŽ LŽgitimer la dŽmarche, tel est le but de la liste de CA et de nombres d'adhŽrents par laquelle commence ce document, ˆ laquelle nos arrivons enfin. Comme cela est indiquŽ, la liste est celle des CA reprŽsentŽs ˆ l'AG, mais le nombre de cartes mentionnŽ pour chacun n'est pas celui de leurs adhŽrents en fŽvrier 1971Ê: c'est celui qui leur avait ŽtŽ reconnu lors du congr�s de l'annŽe prŽcŽdente. Cela explique que certains, et non des moindres, n'en aient aucunÊ: il s'agit de ceux dont les dŽlŽgations avaient ŽtŽ alors invalidŽes. On sait que c'Žtait arrivŽ ˆ de nombreux CA du Renouveau, et que c'est ainsi qu'il a expliquŽ que les lambertistes eussent deux fois plus de mandats que lui, et niŽ la lŽgitimitŽ de leur majoritŽ au CN une fois le PSU disparu. Ce choix par le Renouveau comme rŽfŽrence du dŽcompte d'OrlŽans, contestŽ par lui, pourrait surprendre. Il n'en est pas moins logique, quand le but est de prouver une majoritŽ lŽgale, puisqu'il s'agit du dernier officiel de l'UNEFÊ: il n'y a Žvidemment pas eu de totalisation par le BN dŽmissionnaire des cartes prises pour l'annŽe 1970-71. (M�me si les remontŽes de cartes rue Soufflot avaient ŽtŽ fiables, les responsables du Renouveau n'y auraient pas eu acc�s, puisque le si�ge national Žtait occupŽ (sur prise d'assaut) par les lambertistes). La liste, que nous avons par ailleurs dans un document de 1975, des nombres d'adhŽrents en 1971 AGE par AGE pour la province, est bien sžr celle, en juin de l'UNEF rŽnovŽe et d'elle seule, sans ceux de l'autre UNEF ni les ESU qui l'ont quittŽe. La comparaison entre ces deux listes ne manque pas d'intŽr�t. Tout ˆ fait paradoxalement, le Renouveau devait donc prouver la lŽgitimitŽ de l'assemblŽe qu'il convoquait ˆ partir de statuts qu'il avait combattus, et d'un dŽcompte des cartes qu'il avait dŽnoncŽ. Une opŽration pour le moins acrobatique. Cette liste a pour but de prouver que la majoritŽ des comitŽs adhŽrents ˆ l'UNEF est prŽsente, et qu'ils reprŽsentent, selon ce dŽcompte, la majoritŽ des Žtudiants adhŽrant ˆ un comitŽ. Curieusement, si cette majoritŽ est affirmŽe, elle n'est pas prouvŽe, puisque ni le nombre total des comitŽs reconnus ˆ OrlŽans, ni celui de leurs adhŽrents ne sont mentionnŽs. Il n'y a m�me pas de totalisation des cartes reconnues aux comitŽs prŽsents, ni, ˆ cet endroit du document, du nombre de ces comitŽs. La motion adoptŽe par l'AG pour convoquer le congr�s, plus loin, parle de 127 CA. J'en compte 132 sur la liste, reprŽsentant environ 10 000 cartes d'OrlŽans. Est-ce une erreur dans la motionÊ? Cinq comitŽs prŽsents au dŽbut Žtaient-ils absents au moment du voteÊ? Xavier Dubois, dans son mŽmoire sur l'AGEL de Lille, mentionne, sans donner sa source, un total de deux cent trente[8]. On peut dŽduire du total des votes d'OrlŽans qu'il y avait alors environ 18 000 cartes validŽes[9]. On comprend bien pourquoi il y a, dans notre liste, un nombre important de comitŽs, 44 sur 132, ˆ zŽro carte, une curiositŽ dans un contexte normal. Il s'agit de comitŽs qui avaient ŽtŽ reconnus depuis mai 1969 comme adhŽrents de l'UNEF, mais dont les dŽlŽgations pour le 58e congr�s ont, pour diffŽrentes raisons, ŽtŽ invalidŽes. Le cas le plus flagrant est celui de l'UGEN de Nice, une des principales AGE du Renouveau depuis 1968Ê: six comitŽs reconnus, aucune carte. On aurait bien sžr tort de croire que tous ces comitŽs invalidŽs Žtaient alors du Renouveau (Nous n'avons par exemple aucune trace que l'AGE de Strasbourg, Žgalement ˆ zŽro, en ait ŽtŽ). Il est cependant improbable que certains aient ŽtŽ au PSU. Bien sžr, en l'absence de toute garantie d'ordre juridique, ces invalidations ne pouvaient �tre qu'arbitraires. Ces comitŽs sont citŽs car ils doivent �tre pris en compte quand on parle de majoritŽ des structures de base, s'ils ne peuvent pas l'�tre pour Žtablir celle d'Žtudiants adhŽrents. Le cas des comitŽs manquant sur la liste est plus complexe. Ils sont vraisemblablement de deux types : ceux qui, rŽguli�rement validŽs, ont refusŽ de participer ˆ l'AG parce qu'ils Žtaient tenus par des lambertistes, ou par d'autres hostiles au RenouveauÊ; ceux qui n'avaient pas ŽtŽ validŽs par le BN et n'Žtaient donc pas formellement adhŽrents ˆ l'UNEF. Il est ˆ peu pr�s Žvident que Dijon et Clermont, qui n'ont qu'un comitŽ prŽsent chacune, mŽdecine pour l'une, prŽpas pour l'autre, rel�vent du premier casÊ: c'Žtaient les deux AGE lambertistes, ces deux comitŽs Žtant apparemment au Renouveau. En revanche, l'absence de comitŽs de Lettres et de Droit ˆ Lille, acquise au Renouveau, est vraisemblablement due au refus du BN de les faire valider avant ou apr�s le congr�s d'OrlŽans. IIIÑ Essai d'interprŽtation par AGE La dŽclaration du Renouveau du 17 mars 1970 permet d'Žclairer certains points. Elle revendique 19 AGE[10], et se plaint que le BN n'accepte d'en reconna”tre que six, dont elle donne la liste, Nancy, Brest, Lille, Mulhouse, Metz, Avignon, en prŽcisant que Lille m�me est contestŽe (on y reviendra). En dŽduisant le nombre de mandats de ceux de cartes donnŽes par le document pour ces six AGE, en y ajoutant ceux du groupe d'Histoire de la Sorbonne (dont la dŽclaration nous apprend qu'il a ŽtŽ aussi reconnu ˆ la tendance) et de l'Union des grandes Žcoles de Paris (sur laquelle le BN n'avait pas, en principe, ˆ se prononcer), on obtient ˆ peu pr�s les 304 attribuŽs au Renouveau par le 58e congr�s. Ces six AGE sont deux tr�s anciennes, fondatrices en 1907 de ce qui est ensuite devenu l'UNEF, Lille et Nancy, et quatre rŽcentes[11] d'universitŽs rŽcentes, dont Brest et Mulhouse Žtaient parmi les fondatrices du Renouveau en janvier 1969. Metz et Avignon ont donc ŽtŽ conquises depuis, sans contestation du BN. Il n'y a pas de liste des treize autres revendiquŽes par le Renouveau, mais on peut essayer de la dŽduire de l'ensemble de la dŽclaration. Il manque, dans les six, quatre des huit fondatrices de la tendance. La dŽclaration en cite deux, l'AGET de Toulouse, une tr�s ancienne, et l'AGEO d'Orsay, rŽcente mais d'une UniversitŽ importante. Ë Toulouse, selon elle, le BN a remplacŽ la direction lŽgitime en refusant de donner des cartes par une alliance PSU/AJS en fait largement minoritaire. Dans son intervention au congr�s, Guy Konopnicki dŽclare ÇÊL'AG de Toulouse, comptant plus de 1500 cartes ne sera pas reprŽsentŽe au congr�s. Ce sont des comitŽs d'action scissionnistes qui n'ont obtenu que 280 voix ˆ leurs propres Žlections qui reprŽsenteront cette villeÊÈ. Le nombre de cartes indiquŽ par la liste (328, plus 68 pout l'UGE) serait donc celui de l'AGET qu'il dŽnon�ait alors comme illŽgitime. Ë Orsay, de m�me, le BN aurait arbitrairement reconnu un Bureau AJS. Il est question, au 17 mars donc, de nŽgociations en cours et d'Žlections prŽvues. Ne connaissant par leur rŽsultat, nous ne pouvons savoir si les 250 cartes attribuŽes par le document ˆ ce CA Žtaient au Renouveau ou ˆ l'AJS. Dans un courrier privŽ rŽcent, Philippe MŽhaut semble indiquer que l'AGEO a ŽtŽ finalement invalidŽe et que Beno”t Monier n'a pu �tre prŽsent au congr�s. L'AGESE de Saint-ƒtienne n'est pas mentionnŽe par la dŽclaration. Lors du rŽcent sŽminaire du GERME pour le cinquanti�me anniversaire du congr�s d'OrlŽans[12], Jean-Paul Martin, alors du PSU, a racontŽ qu'elle avait ŽtŽ prise au Renouveau par eux et que les communistes s'en Žtaient retirŽs. Apparemment, cette dŽfaite n'est pas contestŽe. On observe qu'il n'y a pas de CA de Saint-ƒtienne prŽsent ˆ l'AG de fŽvrier 1971. La liste des cartes de l'UNEF rŽnovŽe de 1971 ˆ 1975 n'attribue ˆ l'AGE que cinquante cartes pour la premi�re annŽe, ce qui semble tr�s peu. Plus surprenante est l'absence de mention de l'UGEN de Nice, apparemment reconnue, avec six CA prŽsents ˆ l'AG, mais invalidŽe[13], et ˆ qui la m�me liste attribue 562 cartes pour 1971. Est-ce un oubliÊ? Y a-t-il eu un rebondissement que nous ignoronsÊ? Enfin, Lille, dont le cas Žtait incertain selon la dŽclaration du 17 mars n'a eu finalement, d'apr�s la liste de fŽvrier 1971, que deux comitŽs validŽs, les prŽpas (25 cartes) et les TS (118), pour six comitŽs reconnus (dont Sciences et MŽdecine, mais ni Lettres ni Droit). A OrlŽans, Guy Konopnicki citait Lille comme un des deux exemples les plus scandaleux, l'autre Žtant Toulouse, les deux AGE les plus importantes selon lui, Lille n'ayant que quinze mandats (12 en TS, 3 en prŽpas: le compte y est), son comitŽ Lettes n'Žtant pas reprŽsentŽ. Xavier Dubois p.Ê69-73 cite de nombreux Žchanges tendus entre le BN et la direction de l'AGEL, mais dit ne pas avoir les moyens de conclure sur le sort de la dŽlŽgation au congr�s. La dŽclaration du 17 mars revendique la conqu�te d'une AGE de plus, l'AGER de Rouen, laquelle a selon elle ŽtŽ reconnue par tous localement, mais niŽe par le BN. Il n'y a pourtant pas de comitŽ rouennais citŽ parmi les participants ˆ l'AG. Les autres des 19 AGE dont il est question ne sont pas des conqu�tes, mais des fondations ou refondations d'AGE dans des endroits o� il n'y avait pas ou plus d'UNEF, que le BN refuse de reconna”tre. Il y en a trois en province, Nantes, Tours et ChambŽry, deux en banlieue, Nanterre et Vincennes, quatre ˆ Paris, Sciences, Droit, MŽdecine (prŽtendant remplacer les trois anciennes AGE de facultŽs ÇÊmajosÊÈ exclues de l'UNEF) et PrŽpas. La liste cite un seul CA pour Nantes, en Sciences, sans cartes, quatre ˆ Tours, de m�me. Il n'y est pas question de ChambŽry. En rŽgion parisienne, un CA Vincennes ˆ 177 cartes, quatre pour Nanterre, 235 cartes au total, un CA Paris Sciences sans cartes, trois de CHU avec 182 cartes au total, trois autres sans, un CA prŽpas ˆ 273. Mais, bien Žvidemment, et nous arrivons lˆ au nÏud du probl�me, ces cartes Žtaient celles des comitŽs qui avaient, l'annŽe prŽcŽdente, ŽtŽ reconnus par le BN PSU contre ceux du Renouveau, qui sont prŽsents ˆ l'AG de fŽvrier 1971 en s'en rŽclamant pour le dŽcompte. De m�me, dans toutes les AGE hors des 19 revendiquŽes, tenues en 1970, par le PSU, ou d'autres qui sont Žgalement partis, les comitŽs du Renouveau se substituent ˆ ceux disparus, sans continuitŽ juridique possible. Nous connaissons bien l'exemple de Lyon, par le mŽmoire de Sylvain Henry[14], qui montre que l'UNEF Renouveau s'Žtait construite, en particulier par la participation aux Žlections, totalement en dehors des structures de l'AGEL tenue par le PSU, et les a remplacŽes quand elle s'est Žvanouie pour devenir AGEL-UNEF. Un document du 17 janvier 1972, assez obscur[15], rŽcemment retrouvŽ et scannŽ par RŽmi Fourche, que Sylvain Henry ne connaissait pas, nous indique qu'il y a eu une phase de transition o� la nouvelle AGE s'est nommŽe UGEL, avant de reprendre l'ancien nom puisqu'il n'y avait plus personne pour le lui contester. Bref, hors les quelques-uns reconnus l'annŽe prŽcŽdente comme tenus par le Renouveau par le BN PSU, qui nous ram�nent aux tr�s fameux 304 mandats d'OrlŽans, les comitŽs prŽsents ˆ l'AG ne sont pas ceux qui Žtaient sur la liste, mais d'autres qui les ont remplacŽs en usant du vide laissŽ par le dŽpart en bloc du PSU, sans aucune continuitŽ juridique. * Il serait donc difficile de ne pas conclure que cet exercice, exclusivement formel, Žtait formellement tout ˆ fait vain, puisque, ayant pour but de dŽmontrer la lŽgitimitŽ du Renouveau ˆ convoquer un 59e congr�s de l'UNEF dans la continuitŽ du 58e et de tous les prŽcŽdents, il ne pouvait convaincre que ceux qui en Žtaient dŽjˆ persuadŽs. Nous sommes ramenŽs au probl�me de dŽpart, le vide statutaire crŽŽ par le dŽpart d'un BN homog�ne auquel ces statuts donnaient les pleins pouvoirs y compris pour pourvoir ˆ sa succession, la petite garantie que donnait, depuis OrlŽans, l'existence d'une commission de contr™le pluraliste se trouvant neutralisŽe par sa rŽduction ˆ deux membres incapables de s'entendre sur rien. C'Žtait donc le jeu de la preuve impossible. Il est ˆ peu pr�s certain (cet ˆ peu pr�s Žtant une concession de pure forme au mythe de l'impartialitŽ historique) que le Renouveau, soient les communistes et leurs soutiens, avait beaucoup plus d'adhŽrents que les lambertistes et leurs tr�s rares alliŽs apr�s le dŽpart du PSU, et Žtait donc majoritaire dans ce qu'il restait dans l'UNEF (On peut d'ailleurs juger crŽdible, sans qu'il soit bien sžr possible de le prouver d'aucune fa�on, sa revendication de la majoritŽ rŽelle dans l'UNEF contre le PSU d�s l'annŽe prŽcŽdente). Il est tout ˆ fait certain qu'il n'avait aucun moyen, en fŽvrier 1971, d'Žtablir juridiquement cette majoritŽ, et donc sa continuitŽ avec l'UNEF d'avant, et que cet exercice de haute voltige ˆ partir des mandats d'OrlŽans et des statuts de 1969 n'en Žtait Žvidemment pas un. Il n'est donc pas surprenant qu'il n'ait pas convaincu la justice bourgeoise, peu portŽe ˆ l'�tre certes mais ˆ laquelle on ne peut donner tort sur ce point, qui a refusŽ de reconna”tre cette continuitŽ ˆ notre UNEF comme ˆ celle des lambertistes, et a fini par conclure en 1976 ˆ l'existence de fait de deux organisations se nommant UNEF, sans fondement juridique[16]. On ne peut cependant conclure que tout cela Žtait totalement vain, puisqu'il est Žvidemment impossible de dire ce qui serait arrivŽ si on n'avait pas jouŽ en fŽvrier 1971 ˆ ce jeu, et s'il n'a pas contribuŽ, malgrŽ tout, ˆ ce que notre UNEF pžt s'appeler UNEF pendant trente ans, m�me sans continuitŽ juridique avec la prŽcŽdente. Mijoux - Bellegarde, juillet - 15 novembre 2021. Ê Ê Ê Ê [1] Pour la rŽgion parisienne, la liste conservŽe ne commence qu'ˆ l'annŽe 1971/72. Nous ignorons pourquoi, s'agissant de documents isolŽs conservŽs par une sorte de miracle. [2] On pourra bien sžr relire sur ce point le rŽcit par Robi Morder pour le cinquanti�me anniversaire sur le site du GERME. [3] ‚a para”t absurde, mais �a n'a rien d'original pour une association loi 1901. D'ailleurs, trente ans plus tard, il n'y avait rien de prŽvu non plus dans le r�glement intŽrieur de l'UNEF qui rempla�ait de fait les statuts, restŽs inchangŽs mais non appliquŽs, et ceux, dont j'Žtais, qui ont considŽrŽ la ÇÊrŽunificationÊÈ comme une dŽmission de fait de la direction nationale ont ŽtŽ confrontŽs exactement au m�me probl�me. [4] On trouvera des ŽlŽments sur ce point dans R. Morder, Regards juridiques, sociologiques et politiques sur les structures de lÕUNEF, Les Cahiers du Germe, spŽcial 3, ÇÊengagements ŽtudiantsÊÈ, mars 1998, repris sur le site du Germe , I, A; 2 et III, B, 2. [5] On pourrait se demander pourquoi, dans ces conditions, il a nŽanmoins reconnu certains opposants. La rŽponse est simpleÊ: quand un groupe politique tient une organisation syndicale et veut la conserver, il ne s'agit pas pour lui d'y rester seul, ce qui ™terait tout intŽr�t ˆ sa possession. Il s'agit donc pour lui de piŽtiner les opposants suffisamment pour garantir le maintien de sa majoritŽ, mais sans aller jusqu'ˆ leur donner envie de faire scission. On retrouve la m�me situation dans l'UNEF finissante. En 1969/70, les ESU voulaient encore conserver l'UNEF, d'o� leur reconnaissance d'une partie des AGE du Renouveau, dont la plus forte, Nancy. Ayant ˆ l'automne 1970 dŽcidŽ de l'abandonner, ils n'avaient plus de raison de mŽnager personne (Comme le PCF ˆ partir de juin 2000). [6] On lit ˆ la fin de la dŽclaration du 17 mars 1970, ÇÊLorsque le Bureau National a dŽcidŽ la crŽation des C.A. par UER ou section, nous en avons dŽposŽ 450 avec les statuts proposŽs par leB.N. Ils n'ont pas ŽtŽ reconnus. Le congr�s de l'UNEF a ŽtŽ repoussŽ, le Bureau National a dŽcrŽtŽ que par UER ce n'Žtait plus valable, que ce serait par FacultŽ, nous avons acceptŽÊÈ. [7] R. Morder, art. cit., III, B. [8] Xavier Dubois, L'AGEL-UNEF et la scission de 1971: ˆ l'heure du choix entre syndicat Žtudiant et mouvement politique, Lille III, 2007, publiŽ sur le site web, p.Ê78 [9] Le rapport moral du BN est rejetŽ par 1099 mandats contre 597, la motion PSU en obtient ensuite 824 contre 610 aux lambertistes et 304 au Renouveau (X. Dubois, p.Ê74). On a vu qu'il y avait approximativement, par comitŽ, un mandat pour dix cartes. [10] ÇÊil y a actuellement 19 A.G.E., 4 groupes de la Sorbonne, 14 Corpos, 600 ComitŽs qui luttent pour le Renouvequ de l'UNEF qui reprŽsentent un courant important de l'UNEFÊÈ [Les corpos et les groupes sont alors en train de devenir des CA, les comitŽs citŽs ne sont Žvidemment pas des CA reconnus, mais ceux fondŽs par le Renouveau pour prŽsenter des listes aux Žlections, par UER]. [11] Une recherche sur le site du journal officiel nous apprend que l'AGE d'Avignon a ŽtŽ crŽŽe en 1964, celle de Brest en 1960. Metz et Mulhouse, relevant du droit local en Alsace-Moselle, n'y sont pas rŽpertoriŽes. [12] www.germe-inform.fr/?p=4110 [13] Notons que d'apr�s la dŽclaration du 19 mai 1969, l'UGEN n'avait pas eu le droit de voter ˆ l'AG des 2 et 4 qui a adoptŽ les nouveaux statuts. Il semble donc qu'elle ait pu ensuite faire reconna”tre ses comitŽs par le BN, mais se soit fait refuser les cartes pour le congr�s. [14] Sylvain Henry, LÕAGEL-UNEF, 1971-1994, aspects de la recomposition du syndicalisme Žtudiant ˆ Lyon apr�s la scission de lÕUNEF, Lyon II, 1998, sur le site web tel qu'il Žtait repris sur le site de l'UNEF Lyon, premi�re partie et deuxi�me partie. [15] Ce document, signŽ de Nicole Chambon et Alain Grosset�te affirme que ÇÊl'AGEL UNEF a le monopole du sigle UNEF [É et] garde le monopole de son ancien titre, UGELÊÈ. C'est apparemment une rŽaction ˆ la rŽaction de l'UGEL-UNEF par l'autre UNEF, celle de l'AJS. On comprend que l'AGE du Renouveau s'est d'abord, bri�vement donc, nommŽe UGEL. On trouve confirmation de cela au Journal Officiel. Une UGEL a ŽtŽ crŽŽe le 25 fŽvrier 1971 se donnant pour objet de ÇÊregrouper les structures de l'Union nationale des Žtudiants de France sur l'acadŽmie de LyonÊÈ, domiciliŽe chez M. Maneval, 52, rue Moli�re, Lyon (3e) .qui change le 5 juin son nom en AGEL-UNEF, au m�me domicile, laquelle est donc issue d'une crŽation ex nihilo sans rapport avec l'AGEL d'avant. 16 [16] On passera pudiquement sur l'allŽgation aberrante de l'arr�t du 22 mars 1996 de la cour d'appel de Paris (14e chambre, section C), saisie ˆ un tout autre propos (une pitrerie Žlectorale entre PCF et LCR ˆ Paris I), que l'UNEF-ID est une scission de 1971 de l'UNEF, celle prŽsidŽe en 1996 par Marie-Pierre Vieu, qui ne dit rien de l'histoire de la construction juridique de notre UNEF, mais beaucoup de ce qu'est exactement le sŽrieux de certains juges bourgeois. Quant ˆ la ÇÊrŽunificationÊÈÉ |
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