La FRUF 1975-1984 ou l'enjeu des citŽs U !
TŽmoignage de Fran�ois Bonnarel,
Ces limites temporelles n'ont pas de sens "historique" particulier. Elles ne sont que celles de ma participation active au mouvement Žtudiant.
4 annŽes avant l'armŽe 75-79 et 4 annŽes apr�s: 80-84. (j'ai encore eu les cartes 84-85 et 85-86, et m�me 86-87, ayant passŽ ma th�se fin 86 mais je ne militais plus ˆ l'UNEF ou la FRUF : la th�se tra”nait en longueur, fallait quand m�me finir)

Lorsque je suis arrivŽ en fac ˆ Marseille ˆ la rentrŽe 75 (voir mon post du 31 janvier sur le mouvement contre la rŽforme des seconds cycles) je vivais en citŽ U. La CitŽ U Gaston Berger qui jouxtait la fac saint Charles Žtait relativement petite et n'avait que 400 chambres (photo ci-contre, d'apr�s le site du minist�re de la Culture). Y rŽsidaient des Žtrangers et des proven�aux non marseillais. C'Žtait une citŽ non mixte. J'avais obtenu une chambre car je venais de Marignane qui n'Žtait ŽloignŽ pourtant que de 25 kilom�tres.
D�s les premiers temps je me suis rendu ˆ des rŽunions de l'association de la citŽ U, que la FERUF (excroissance en citŽ U de l'unef unitŽ-syndicale-AJS-OCI) Žtait en train de prendre en main. J'ai appris bien plus tard que cette officine avait scissionnŽ de la FRUF pas plus d'un an plus t™t en 1974.Ê
Le discours essentiel de ce groupe Žtait tout ˆ la fois de dŽnoncer les manquements inŽvitables de la FRUF ou de l'UNEF (notamment sur les autres citŽs-U: invŽrifiable !) tout en appelant ˆ l'unitŽ .... Qu'ils avaient brisŽ l'annŽe prŽcŽdente !
De fait la FRUF n'existait plus dans cette citŽ U quand j'y suis arrivŽ. L'AGEM UNEF avait dž laisser aller les choses dans les annŽes prŽcŽdentes et nous Žtions peu d'adhŽrents de l'UNEF dans la citŽ , pour ne pas dire que j'Žtais seul. Il faut dire que la grande masse des Žtudiants de Saint Charles dont les militants de l'UNEF habitaient Marseille m�me et que peu avaient besoin de vivre en citŽ U.Ê
La citŽ Žtant en plein ville, les rŽsidents Žtaient aussi plus attirŽs par les activitŽs de centre vile que par une rŽelle vie associative. Peut �tre y avait il une biblioth�que : je m'en souviens ˆ peine.
J'ai pourtant le souvenir de longues soirŽes de discussion dans ma chambre avec des Žtudiants Žtrangers ou d'autres copains rŽsidents pas toujours de mon bord syndical ou politique. Cela forgeait des convictions et ouvrait sur le monde.
A Marseille, la FRUF existait quand m�me dans les grandes citŽs "ghettos" de Luminy et Saint JŽr™me mais la FERUF s'appuyait sur toute une sŽrie de petites citŽs de centre ville comme Gaston Berger pour faire son travail de sape et dŽnoncer les "trahisons" de l'UNEF/FRUF
Dans ces conditions, il Žtait difficile, d�s la rentrŽ 75 pour une jeune militant sans expŽrience de "(re)monter la FRUF". J'ai bien dž me prŽsenter et �tre Žlu au conseil de rŽsidence, mais sans adhŽrents avec moi il Žtait difficile de surnager, d'autant que l'AJS ne me mŽnageait gu�re.
Pour l'UNEF, la FERUF, pas plus que l'UNEF-US n'Žtait un syndicat, contrairement ˆ la FRUF. Mais dans la situation concr�te de Gaston Berger, il Žtait difficile de le prouver.
Je sais que vers 78 ou 79 nous avions agi pour rŽcupŽrer un poste de femme de mŽnage. Cette action victorieuse Žtait citŽe dans un Žcho des luttes d'un des premiers numŽros de "Campus". A ce moment lˆ les difficultŽs Žtaient diffŽrentes j'Žtais devenu prŽsident d'AG et avait peu de temps ˆ consacrer ˆ la citŽ U. Sauf en pŽriode Žlectorale : les Žlections au CROUS de 79, difficiles apr�s celle de 77 plut™t fastes pour nous.
J'ai tout de m�me participŽ ˆ un ŽvŽnement national de la FRUF, dŽlŽguŽ .... par le BN de l'UNEF ! Il s'agissait du congr�s d'Orsay du printemps 79. Une tentative de l'AJS de prendre le contr™le de la FRUF Žtait crainte. Il n'en avait finalement rien ŽtŽ.ÊHervŽ Guillemet s'en souvient. Le prŽsident de la FRUF Žtait alors Daniel Mollier-Sabet.
Plus tard (mais j'Žtais devenu parisien et "antonien" ) je suis allŽ faire le pompier ˆ Poitiers et ˆ Rennes ˆ la demande du BN de la FRUF, pour des rŽunions compliquŽes menacŽes par des offensives de la FERUF. Je me souviens que quand je m'exprimais dans les rŽunions, j'avais du mal ˆ dire FRUF et pas UNEF, ce qui ne passait pas forcŽment tr�s bien aupr�s des associŽs !!!
Laisser aller la situation en CitŽ-U Žtait une mauvaise idŽe pour l'UNEF. En effet le recrutement des rŽsidents se faisant sur crit�res sociaux la problŽmatique de la sŽlection sociale y Žtait particuli�rement prŽgnante. Par ailleurs la concentration d'Žtudiantes et d'Žtudiants dans un lieu de vie (et pas seulement d'Žtudes) commun crŽait des conditions favorables ˆ une activitŽ associative de masse.ÊC'est ainsi que lˆ o� elle fonctionnait bien la FRUF regroupait bien plus d'Žtudiants que les adhŽrents de l'UNEF. Si le passage de l'UNEF ˆ la FRUF Žtait quasi automatique, il Žtait loin d'en �tre de m�me dans l'autre sens. Cependant, la FRUF donnait au combat sur l'aide sociale menŽ par l'UNEF et l'UGE de considŽrables renforts.Ê
A la rentrŽe 1980, je revenais de l'armŽe et commen�ait un DEA ˆ Jussieu. J'avais une chambre ˆ la citŽ d'Antony, la citŽ Jean Zay (photo ci-contre: vue prise du b‰timent C, postŽe par Pascal Verdier sur le groupe Facebook). On y trouvait Le si�ge national de la FRUF, dont le prŽsidence avait Žchue ˆ Jean-Fran�ois Rossi, un Žtudiant corse taiseux mais terriblement efficace, et aussi l'AERUA, le mod�le de toutes les associations de rŽsidents. Cette qualification serait sans doute contestŽe par mon ami Pierre Rincon, dit Pedro, qui dirigeait ˆ ce moment lˆ l'AERUBO de Bures-Orsay avant de rejoindre Antony l'annŽe suivante. AERUBO qui rivalisait avec l'AERUA dans l'excellence associative. La CitŽ Jean Zay Žtait immense, les chambres Žtaient d'un bien meilleur standing que dans la plupart des citŽs construites apr�s elle dans les annŽes 60 ou 70. Partout dans les couloirs, les affiches de l'AERUA, sans parler de celles de l'UEC. C'est dans cette citŽ que j'ai dŽcouvert ce qu'Žtait vraiment la FRUF, sa capacitŽ de mobilisation et la force animatrice qu'elle avait pour les rŽsidents. La vie associative Žtait intense : l'AERUA avait un foyer, qui fermait tard et on l'on pouvait se restaurer un peu bien apr�s la fermeture du RU. Bien pratique pour accueillir les militants apr�s de longues soirŽes de porte ˆ porte. C'Žtait Ernest un Žtudiant volta•que (Burkina Fasso) progressiste qui tenait le foyer avec sa copine Marie-Jo. Il mettait du Bob Marley ˆ tue-t�te sur son magnŽtophone ˆ cassettes. Quelques autres militants de la FRUF ˆ Antony dont le nom me revient : Jean-GŽrard Lacaze, Christine qui venait de Grenoble, Jean-Louis Bellet et Laure sa compagne, Patrick Theuret. L'AERUA organisait aussi un cinŽ club, des tournois sportifs (car il y avait quelques Žquipements de qualitŽ) et s'investissait dans la direction des "groupes d'Žtudes" qu'elle avait crŽŽe mais qui Žtait devenus autonomes par rapport ˆ elle. Les groupes d'Žtudes existaient pour la plupart des disciplines et organisaient des enseignements complŽmentaires avec des profs de l'extŽrieur qu'on dŽfrayait un peu pour leurs services. Il y avait un peu de matŽriel, et un budget (financŽ je crois par la rŽsidence), de premiers ordinateurs et des confŽrences, des activitŽs de vulgarisation. Cependant la relative indŽpendance acquise par les groupes d'Žtudes par rapport ˆ l'AERUA nous imposait de faire campagne pour intŽgrer le bureau des groupes d'Žtudes car nous craignions qu'ils ne soient privatisŽs par certains au dŽtriment de l'ensemble des rŽsidentes et des rŽsidents.Ê
Je pense que cette expŽrience des groupes d'Žtudes d'Antony et plus gŽnŽralement des citŽs U joua un r™le dans l'orientation du congr�s de Reims de l'UNEF qui rempla�a les comitŽs (qui ne s'appelaient plus comitŽ d'action depuis le congr�s de Nancy) par les groupes d'Žtudes. Je crois aussi me souvenir que 3 ans plus tard le congr�s d'Orsay instaura les associations UNEF de fili�res ou de facs ou d'amphis en lien et place des Groupes d'Žtudes avec comme mod�le les associations de rŽsidents.
Je fus beaucoup plus actif ˆ Antony en 81-82 qu'en 80-81, car cette annŽe lˆ j'Žtais surtout "sur l'UEC" ˆ Jussieu, pour faire la campagne de Marchais, m�me si bien sur j'ai participŽ ˆ la campagne du CROUS de janvier 81 ˆ Antony (et ailleurs) et ai dŽmarrŽ quelques activitŽs UNEF 3eme cycle (j'y reviendrai ,dans un autre post). Mais en 81-82 j'intŽgrais le bureau des groupes d'Žtudes pour le compte de l'AERUA et je participais en parall�le au dŽveloppement des luttes revendicatives. Etant Žtudiant non plus ˆ Jussieu mais ˆ l'Observatoire de Paris, peu renommŽ pour le volume des masses Žtudiantes qui le frŽquentaient, je fus cette annŽe lˆ essentiellement un militant de la FRUF. Pedro nommŽ adjoint du prŽsident de la FRUF et qui devint peu apr�s prŽsident en remplacement de Jean-Fran�ois Rossi Žtait mon voisin de chambre. Une activitŽ de lutte permanente de l'AERUA et non couronnŽe de succ�s Žtait l'exigence de la rŽouverture du b‰timent C, abandonnŽ quelques annŽes plus t™t et qui Žtait devenu un squat se dŽgradant ˆ vue d'oeil. Plusieurs centaines de chambres laissŽes ˆ l'abandon et ˆ la destruction dont certaines s'Žclairaient la nuit ˆ la bougie ou ˆ la lampe Žlectrique. La dŽtermination du CROUS ˆ ne pas investir pour rŽ-ouvrir des chambres bien utiles en raison de la pŽnurie permanente de logements Žtudiants Žtait sans doute le prŽmisse de la volontŽ liquidatrice de cette splendide citŽ-U qui devait se concrŽtiser plus tard.
81-82 premi�re annŽe du "changement". En rŽsidence cela commence par l'annonce de la hausse du ticket de RU et du loyer des chambres. Nous nous mettons de suite ˆ Antony mais aussi dans plusieurs citŽs de France ˆ organiser la gr�ve de la hausse. C'est ˆ dire que les grŽvistes payaient ˆ l'ancien prix. La gr�ve dure des mois.ÊNous argumentons que le changement doit aussi passer par les citŽs U. Ce souvenir tr�s vif m'a toujours fait affirmer qu'il n'y avait pas dans les rangs de la FRUF ou de l'UNEF au dŽbut du mandat de Mitterand de soumission au pouvoir ou d'attentisme mais une volontŽ d'agir pour h‰ter le changement.
Cette lutte de 81-82 ne fut pas victorieuse, mais le combat se poursuivit l'annŽe suivante.
A partir d'Octobre 1982 j'Žtais retournŽ ˆ Marseille pour commencer une th�se ˆ l'Observatoire de la ville. Pour la premi�re fois depuis le dŽbut de mes Žtudes je n'habitais plus en citŽ U mais dans un studio en ville. J'avais rŽintŽgrŽ le bureau de l'AGEM-UNEF que j'avais quittŽ trois ans plus t™t en partant ˆ l'armŽe, AGEM alors dirigŽe par Roland Walger puis par Olivier Meier futur prŽsident national.Ê
Rapidement il fut dŽcidŽ que, compte tenu de mon expŽrience antonienne, je "suivrai" les CitŽ Us et essaierait de monter la FRUF lˆ ou elle n'existait pas, c'est ˆ dire presque partout. Pour moi m�me j'avais une revanche ˆ prendre sur le point faible de mes annŽes d'avant le service militaire.Ê
Les Žlections du CROUS avaient lieu cette annŽe d�s le mois de DŽcembre et Žtaient prŽcŽdŽes par les Žlections aux conseils de rŽsidence. En quelques semaines, nous avons montŽ des listes FRUF presque partout ˆ Marseille, en nous appuyant sur quelques camarades de l'UNEF et leurs amis et amies. Je me souviens d'avoir parcouru des centaines de kilom�tres dans l'hiver 82-83 de Luminy ˆ Saint JŽrome, de Gaston Berger ˆ Madagascar ou ˆ Gallinat et Cornil pour organiser des rŽunions, faire des portes ˆ portes. Nous avions obtenu de tr�s bons rŽsultats dans les CitŽs U et aux Žlections au CROUS. En parall�le des Žlections nous menions l'action contre les hausses du ticket de RU et des chambres en citŽ. Nous nous appuyons aussi sur le fait que fort de l'action de l'annŽe prŽcŽdente nous avions obtenu le report de la hausse des loyers cette annŽe lˆ qui n'intervint qu'en dŽcembre. Quelques mois plus tard (automne 1983) nous avons alors organisŽ un boycott tournant de tous les restaus-U de Marseille en quelques jours. Au delˆ de l'augmentation des bourses , du blocage du prix du ticket de RU et du prix des chambres, revendications nationales, nous nous opposions aussi ˆ Marseille ˆ la mise en place de salles de restauration ˆ prix non rŽglementŽ, que le CROUS commen�ait ˆ installer pour "rŽpondre ˆ la demande diversifiŽe des Žtudiants" en prenant sur les salles des restaus-u classiques. Nous craignions en effet l'aggravation des queues sur les cha”nes classiques rŽservŽes aux Žtudiants les moins argentŽsÊ
Nous avions des propositions nationales pour financer nos demandes : la titularisation des personnels du CROUS (un objectif commun avec la CGT des CROUS enfin rŽalisŽ il y a quelques mois seulement) et le remboursement de la TVA au CROUS
Dans la foulŽe de ces boycotts et forts de nos Žlues et Žlus, nous avions obtenu dŽbut 1984 une entrevue au CROUS pour discuter de ces revendications.ÊYves CottenÊs'en souvient sžrement. Le CROUS n'avait pas cŽdŽ. Mais notre implantation dans les citŽs ˆ Marseille s'Žtait renforcŽe. Elle se confirma l'annŽe suivante et j'avais dŽjˆ pu passer la main ˆ d'autres camarades, rŽsidents , cette fois pour coordonner la FRUF sur l'ensemble de Marseille en Žtroite liaison avec l'AGEM-UNEF