JOHANN MORRI
Les non-communistes dans lÕUNEF
C.E.D ÇÊOn entend souvent dire que lÕUNEF est animŽe ÇÊprincipalement par des Žtudiants communistesÊÈ. QuÕen penserÊ? M�me si elle en constitue un aspect central, lÕhistoire ÇÊpolitiqueÊÈ de lÕUNEF ne peut pas �tre rŽduite ˆ celle des Žtudiants communistes, ou ˆ ses rapports lÕUEC ou avec le parti communiste. LÕambition de construire une ÇÊorganisation syndicale de masseÊÈ conduisait nŽcessairement ˆ rassembler des Žtudiants au-delˆ dÕun courant de pensŽe et, dans ce cas prŽcis, de la sph�re communiste. Cette ambition fut plus ou moins affirmŽe, et plus ou moins rŽalisŽe, selon les pŽriodes, ne serait-ce que parce quÕelle se heurtait ˆ une aspiration contradictoireÊ: garder le contr™le de lÕorganisation. Les non-communistes ont-ils vraiment reprŽsentŽ, comme le dŽclarait RenŽ Maurice en 1976, jusquÕaux Ç trois quarts de lÕorganisationÊÈ? CÕest presque impossible ˆ vŽrifier. Mais de nombreux ŽlŽments (presse, tŽmoignages, publications de parti, etc.) que les non-communistes ont jouŽ un r™le important dans lÕUNEF, tant au niveau des AGE quÕau niveau national. DEFINITIONS ET QUESTIONS Il faudrait dÕabord sÕentendre sur ce quÕon englobe dans la catŽgorie ÇÊnon-communistesÊÈ. Au sens large, cette catŽgorie peut inclure tous les adhŽrents de lÕUNEF qui nÕŽtaient pas par ailleurs membres de lÕUEC ou du PCF. Cette dŽfinition, qui a lÕavantage dÕ�tre prŽcise, a lÕinconvŽnient dÕinclure des ÇÊcommunistes non-encartŽsÊÈ ou ÇÊcommunistes de faitÊÈ, cÕest-ˆ-dire des adhŽrents qui, sans avoir rejoint lÕUEC ou le PC, partageaient lÕessentiel de leurs convictions (on Žvitera le terme de ÇÊcrypto-communisteÊÈ, qui pr�te ˆ polŽmique). Il faut ajouter le cas des ÇÊcompagnons de routeÊÈ et autres ÇÊdŽmocrates de progr�sÊÈ qui sont une des constantes du mouvement communiste. M�me si on en exclut (un peu arbitrairement) la catŽgorie des ÇÊcommunistes de faitÊÈ, la catŽgorie des non-communiste est tr�s hŽtŽrog�ne. Elle englobe aussi bien des adhŽrents Çsans partiÈ ou inorganisŽs qui nÕŽtaient membres dÕaucune organisation politique, que des adhŽrents de lÕUNEF membres dÕautres organisations politiques (socialistes, trotskistes, etc.). De plus, certaines familles de pensŽe, tout en ayant une certaine cohŽrence, comme les ÇÊchrŽtiens de gaucheÊÈ, ne correspondaient pas forcŽment ˆ des organisations ou ˆ des partis SÕagissant des adhŽrents Çsans partiÈ, lÕhistoire en sera sans doute utile et passionnante. Mais elle est tr�s difficile ˆ entreprendre, autrement que par des biographies individuelles et des ŽlŽments anecdotiques, ou de celui de certaines AGE dans lequel la prŽsence non-communiste a ŽtŽ plus importante ou majoritaire. Il reste donc le prisme des familles de pensŽes plus organisŽes. On est obligŽ de lÕutiliser avec deux rŽserves. DÕabord, parce quÕil est forcŽment dŽformant, et ne rend pas justice aux nombreux adhŽrents qui ne reconnaissaient pas dans une formation politique prŽcise. Ensuite, puisquÕˆ la diffŽrence de lÕUNEF-US puis de lÕUNEF-ID, lÕUNEF a toujours refusŽ lÕorganisation en tendances. Il nÕy a donc pas de dŽcompte officiel de telle ou telle composante, m�me, si on peut trouver, ˆ diffŽrents moments, la trace de tractations ÇÊarithmŽtiquesÊÈ dans la composition du bureau national (au moment du Renouveau, dans les discussions avec le CERES ou, dans les annŽes 90, sur la prŽsence de ÇÊlÕoppositionÊÈ) et de discussions avec des groupes organisŽs. Ces rŽserves Žtant faites, on peut livrer une chronologie ˆ grands traits de la prŽsence non-communiste dans lÕUNEF. JALONS CHRONOLOGIQUES LA FAMILLE DU RENOUVEAU (1971-75) Lors du Renouveau, les Žtudiants communistes, qui constituent la force centrale au sein du mouvement de relance de lÕUNEF comme organisation syndicale, cherchent ˆ Žviter lÕimpression dÕune organisation dominŽe par un parti et, d�s lors, ˆ Žlargir le spectre ˆ dÕautres courants politiques. Ces forces dÕappoint recoupent en partie celles de lÕUnion de la Gauche naissante (socialistes ÇÊconventionnelsÊÈ, radicaux de gauche) auxquelles sÕajoute une composante particuli�re, les ÇÊchrŽtiensÊÈ. Les ÇConventionnelsÈ Les ÇÊConventionnelsÊÈ (les membres de la Convention des Institutions RŽpublicaines de Fran�ois Mitterrand) jouent un r™le signalŽ dans le congr�s du Renouveau du 5 au 7 mars 1971. Leur prŽsence est largement mentionnŽe dans la presse qui couvre le congr�s et dans les dŽclarations officielles. Ils reprŽsentent 4 ou 5 membres sur 26 dans le bureau national[1]. Le secrŽtaire gŽnŽral, Yves Luchaire, en est issu. On note aussi la prŽsence de Gilbert Mitterrand (un des fils de Fran�ois Mitterrand) et de Gilles Catoire. Ce r™le est paradoxal, dans la mesure o� la CIR est une toute petite organisation. En 1971, la famille socialiste est affaiblie et divisŽe, en encore plus en milieu Žtudiant. Le PSU a volontairement abandonnŽ lÕUNEF apr�s le congr�s dÕOrlŽans pour se lancer dans la chimŽrique crŽation dÕun ÇÊmouvement politique de masseÊÈ. Ses positions le rattachent plus ˆ la mouvance ÇÊgauchisteÊÈ. Les Etudiants Socialistes, pour leur part, apr�s avoir un temps semblŽ vouloir rejoindre le Renouveau, ont finalement refusŽ de participer aux deux congr�s tenus en 71 (ˆ lÕexception, semble-t-il, de quelques dissidents qui ont rejoint le Renouveau)[2]. La prŽsence des ÇÊConventionnelsÊÈÊa semble-t-il ŽtŽ lÕobjet dÕune nŽgociationÊ: dÕapr�s Roger Fajnzylberg[3], cÕest Maurice Benassayag qui aurait lÕinterlocuteur sur cette question dans lÕentourage mitterrandien. On a peu dÕinformations -et on aimerait en savoir plusÊ!- sur le sort de ces ÇÊconventionnelsÊÈ, et plus gŽnŽralement des socialistes ÇÊmitterrandistesÊÈ dans lÕUNEF dans les annŽes 1971-75. Leur prŽsence Žtait-elle essentiellement symbolique, voire ÇdŽcorativeÈ, ou ont-ils jouŽ un r™le significatifÊdans les orientations et pratiques de lÕorganisation? La CIR se fond dans le parti socialiste au congr�s dÕEpinay du 11 au 13 juin 1971. A lÕUNEF, d�s lÕannŽe suivante, Yves Luchaire c�de son poste de secrŽtaire gŽnŽral. Bien plus tard, en 1975, les mitterrandistes tentent de lancer leur propre syndicat Žtudiant, le COSEF, avec un succ�s limitŽ[4]. Les radicaux de gauche Les radicaux de gauche[5] sont Žgalement prŽsents dans lÕUNEF dans la premi�re moitiŽ des annŽes 1970. Plusieurs tŽmoignages signalent par exemple la prŽsence de radicaux de gauche au bureau national Žlu au 60�me congr�s, en mars 72, notamment en la personne de Nicole Chambon[6]. DÕapr�s Robi Morder, les radicaux de gauche auraient ŽtŽ prŽsent dans le renouveau d�s 1971[7]. Comme lÕa notŽ le m�me auteur, la composition de lÕUNEF ˆ ce moment-lˆ prŽfigure en quelque sort celle du ÇÊprogramme communÊÈ, signŽ le 27 juin 1972 entre le PC, le PS, et les Radicaux de Gauche. En 1976, les radicaux de gauche, qui crŽent une branche Žtudiante, signalent que leurs adhŽrents se partagent entre lÕUNEF, lÕUNEF-US et le COSEF.[8] Aux radicaux de gauche, il faut ajouter des ÇÊdivers gaucheÊÈ, prŽsents ˆ diffŽrents niveaux de lÕorganisation. Par exemple, un certain Fran�ois Hollande[9] (qui nÕest pas membre de lÕUEC et qui nÕa pas encore adhŽrŽ au parti socialiste) est Žgalement dirigeant puis prŽsident de lÕAGE de Sciences Po aux alentours de 1973-74[10]. Les versions divergent sur les circonstances de son Žlection, mais la version la plus courante est que les socialistes et les communistes, qui nÕarrivaient pas ˆ sÕentendre, avaient fait le choix dÕune personnalitŽ neutre pour diriger lÕAGE. [11] Les chrŽtiens de gauche Comme celles des ÇÊconventionnelsÊÈ, la prŽsence des ÇÊchrŽtiensÊÈ a ŽtŽ abondamment signalŽe dans la communication lors du congr�s du Renouveau[12]. Et RenŽ Maurice fait encore rŽfŽrence ˆ la prŽsence des chrŽtiens en 1976 dans LÕUNEF ou le pari ŽtudiantÊ(voir encadrŽ). Comme pour les socialistes et les radicaux, il est difficile de savoir quel est leur poids exact dans lÕUNEF, et m�me encore plus, puisquÕil sÕagit dÕun courant de pensŽe (on ne prend pas sa carteÊ!). Fait intŽressants, cette prŽsence semble antŽrieure aux signaux dÕouverture du PCF vers les chrŽtiens, qui semblent culminer vers 1976-77, lorsque le PC domine la gauche et cherche ˆ Žlargir encore son influence (ÇÊNous ne dŽclarerons jamais la guerre ˆ la religionÊÈ, dŽclarait Georges Marchais en 1976[13]). Ces chrŽtiens ne sont pas forcŽment membres dÕune organisation. On nÕa pas de traces, par exemple, de relations suivies entre lÕUNEF et la JEC. Cette organisation semble avoir davantage ŽtŽ liŽe ˆ la ÇÊdeuxi�me gaucheÊÈ et ˆ la CFDT[14]. Il est plus frŽquent, en revanche, que les chrŽtiens de lÕUNEF soient passŽ par le MJRCF (lÕex-jeunesse agricole chrŽtienne) ou par la JOC, qui sont sociologiquement et politiquement plus proches des communistes[15]. Par ailleurs, la qualitŽ de chrŽtien nÕexclut pas lÕappartenance ˆ une organisation politique (m�me si le PCF nÕabandonne officiellement la condition dÕathŽisme quÕen 1979). Une chose est sžreÊ: des ÇÊcadresÊÈ important de lÕUNEF sont issus du courant chrŽtien. Deux secrŽtaires gŽnŽraux, Bernard Huvet (Žlu SG au congr�s de Lyon en mars 1975) et Etienne Andreux (trŽsorier en 1975, puis Žlu secrŽtaire gŽnŽral au congr�s de Toulouse en mai 1976), viennent des milieux catholiques pratiquants et ont frŽquentŽ le Çpetit sŽminaireÊÈ. A la prŽsence dÕEtienne Andreux sÕajoute celle de son ami Dominique Fontaine. Fontaine, prŽsident de lÕAGE de Nancy, est membre du secrŽtariat national de 1975 ˆ 1977, en parall�le ˆ ses Žtudes de sŽminariste (ils ont frŽquentŽ le m�me ÇÊpetit sŽminaireÊÈ lors de leur adolescence). M�me sÕils nÕen Žtaient pas membre au dŽpart, Dominique Fontaine et Etienne Andreux ont adhŽrŽ ˆ lÕUEC et au PC. Dominique Fontaine devient pr�tre quelques annŽes plus tard[16]. La prŽsence des chrŽtiens Žtait particuli�rement forte ˆ Nancy (une des AG les plus importantes de lÕUNEF), o� ils auraient reprŽsentŽ environ la moitiŽ des adhŽrents dans les annŽes suivant le renouveau.[17] Le r™le des ÇÊchrŽtiensÊÈ (qui semblent surtout �tre catholiques) dans lÕUNEF des annŽes 1970 interroge. Pourquoi ont-ils fait le choix de militer ˆ lÕUNEF plut™t quÕˆ la JEC, par exempleÊ? Peut-�tre que lÕUNEF Žtait simplement la seule organisation ˆ faire un vŽritable travail syndical concret. Et lÕUNEF-US nÕŽtait gu�re une option, compte-tenu de lÕanticlŽricalisme de lÕOCI. On-t-ils vraiment consistŽ une mouvance distincte des communistes, ou un ÇÊsasÊÈ dÕentrŽe vers le militantisme communisteÊ? Pour les dirigeants, cÕest plut™t la deuxi�me hypoth�se qui semble ˆ privilŽgier. A noter quÕil nÕest plus gu�re question des ÇÊchrŽtiensÊÈ (en tant que composante collective) dans lÕUNEF apr�s la dŽcennie 70. Mais on trouve encore des dirigeants de lÕUNEF qui sont passŽs par le MJRCF (comme Ronan Kerrest) ou qui se dŽfinissent comme chrŽtiens de gauche sans appartenir au parti communiste (comme Jean-Fran�ois Courtille, BN 1987-88). LE RENOUVELLEMENT DE LA FAMILLE NON-COMMUNISTE (CERES, LCR, ETC.) (1975-1987) Le CERES Les Žtudiants du CERES sont prŽsent par intermittence dans la direction. Les Žtudiant du CERES rentrent au BN au 63�me congr�s ˆ Toulouse (1976). A la fin du congr�s de Nancy, les quatre Žtudiants du CERES quittent la direction (1977)[20]. En 1978, les Žtudiants CERES tiennent une confŽrence de presse pour dŽnoncer les ÇÊpratiques antidŽmocratiquesÊÈ de la direction[21]. Au congr�s de Villetaneuse (1979), le CERES et dÕautres opposants tiennent Žgalement une confŽrence de presse parall�le, toujours pour dŽnoncer des probl�mes de fonctionnement[22]. Les Žtudiants du CERES, qui sÕexpriment par la voix de Patrick Weil, posent comme condition ˆ leur entrŽe dans la direction lÕadoption dÕun r�glement intŽrieur -revendication qui sera finalement satisfaite[23]. Au niveau local, les Žtudiants du CERES sont notamment majoritaires ˆ lÕAGE de Sciences Po (jusquÕen 1979-80, lorsquÕune grande partie quittent le CERES puis lÕUNEF, une partie importante de lÕAGE passant ˆ lÕUNEF-ID fin 80). Ils sont aussi tr�s bien reprŽsentŽs ˆ lÕUnion des Grandes ƒcoles, organisation ÇÊsÏurÊÈ de lÕUNEF, et sont ˆ deux doigts dÕy devenir majoritaires vers 79-80. Dans ses bisbilles avec la direction de lÕUNEF, le CERES est parfois rejointe par les communistes critiques de diverses obŽdiences. Un des plus vocaux dÕentre eux, ˆ lÕŽpoque, est Paul Robel, Žtudiant en mŽdecine, membre du bureau national et futur Žlu au CNESER. PrŽsentŽ comme proche dÕHenri Fizbin, il prend ˆ plusieurs reprises position dans la presse pour critiquer les liens entre lÕUNEF et le PCF, ce qui lui vaut plusieurs fois de figurer dans les colonnes du Monde[24]. En 1982, il intervient aussi au congr�s de lÕUNEF-ID pour dŽnoncer la ÇÊcourroie de transmissionÊÈ et appeler ˆ la reprise du dialogue entre les deux UNEF. DÕapr�s le tŽmoignage a posteriori de Philippe Campinchi, Paul Robel Žtait en fait un militant ÇÊinfiltrŽÊÈ de lÕOCI.[25] Le CERES rŽint�gre finalement la direction, puisquÕil y est prŽsent lors du congr�s de Reims (1980), notamment en la personne de Tristan Malle[26], membre du bureau national[27]. Lors du congr�s, une partie des dŽlŽguŽs du CERES quittent la salle. Au congr�s suivant, ˆ Villeurbanne en Novembre 1981, les Žtudiants socialistes, ˆ majoritŽ du CERES, sont ˆ nouveau dans la direction (9 membres du BN sur 31). Les Žtudiants du CERES sont de nouveau prŽsent au bureau national de lÕUNEF jusquÕen 1985, au congr�s de Colombes[28], apr�s un congr�s tr�s critique vis-ˆ-vis du gouvernement, que les communistes ont quittŽ quelques mois plus t™t. Henri Krasucki, invitŽ du congr�s[29], prononce notamment un discours tr�s offensif contre la politique gouvernementale. Dans le domaine de lÕŽducation, les relations ne sont pas non plus au beau fixe. LÕUNEF, qui a globalement soutenu la rŽforme Savary, est en revanche tr�s critique ˆ lÕŽgard de la politique jugŽe ÇÊŽlitisteÊÈ de Jean-Pierre Chev�nement. Entre 85 et 86, quelques Žtudiants du CERES sont encore dans lÕUNEF, comme Daniel Beliki, qui alerte les jeunes militants de lÕAGE de Nanterre sur le projet Devaquet. A Paris I-Tolbiac, 3 chev�nementistes adhŽrent ˆ lÕAGE en 1985 sans mentionner leur appartenance en 1986. LÕun dÕentre eux, le future dŽputŽ LREM Guillaume Vuilletet, est Žlu au CEVU en dŽcembre 1985.[30] En mai 1987, les chev�nementistes rejoignent Didier Leschi ˆ lÕUNEF-ID au congr�s de Nanterre.[31] Au total, le CERES a ŽtŽ prŽsent ˆ lÕUNEF pendant plus dÕune dŽcennie, ce qui est considŽrable. Mais lˆ encore, on en sait finalement assez peu sur son influence exacteÊ: ÇÊmouche du cocheÊÈ cantonnŽe au r™le dÕopposant perpŽtuel, ou composante ayant pesŽ sur les orientations de lÕUNEFÊ? Et on en sait encore moins sur son r™le au niveau local, dans les diffŽrentes AGE. Les autres courants non-communistes Apr�s le dŽpart du CERES, au moins deux forces politiques non communistes sont encore prŽsentes dans lÕUNEFÊ: les socialistes ÇÊpoperŽnistesÊÈ[32] et des Žtudiants de la LCR (et/ou des JCR, on nous excusera dÕutiliser les termes lÕun pour lÕautre, ce qui rel�ve de lÕapproximation). Dans les deux cas, les effectifs sont rŽduits. Si lÕŽpisode ÇÊpoperŽnisteÊÈ sera relativement court, la prŽsence de la LCR sera durable et jouera un r™le important dans la fin de lÕUNEF. Les poperŽnistes La LCR M�me apr�s la crŽation de lÕUNEF-ID en 1980, et la crŽation de PSA en 1982 (dans laquelle ils sont Žgalement prŽsents) des militants de la LCR/JCR restent prŽsents dans de lÕUNEF. CÕest notamment un membre de la LCR, Vincent Guicharnaud, prŽsident de lÕAGE de Limoges et membre du BN, qui est un des premiers suggŽrer la ligne du retrait du projet Devaquet en 1986. LÕAGE de Limoges sera un des premi�res ˆ sÕengager dans le mouvement. CÕest aussi une des AGE qui critiquent le soutien public de certains membres du BN, dont le prŽsident, ˆ la candidature dÕAndrŽ Lajoinie ˆ la prŽsidentielle de 1988.[36] Au congr�s de Toulouse en 1990, la prŽsence des militants JCR/LCR est encore limitŽe, avec trois dŽlŽguŽs dans la salle[37], et un venu en observateur pour une autre organisation. Mais dans la dŽcennie suivante, des militants de la LCR jouent un r™le plus important au sein de ÇÊlÕoppositionÊÈ. ÇÊLÕOPPOSITIONÊÈ (1990-95) Apr�s la ÇÊpurgeÊÈ du congr�s de Toulouse et la reprise en main de la direction de lÕUNEF par lÕUEC, une ÇÊoppositionÊÈ cherche ˆ se structurer au sein de lÕUNEF. Les dirigeants ŽcartŽs ou marginalisŽs au congr�s de Toulouse ou dans la foulŽe Žtaient pour beaucoup des communistes devenus critiques ˆ lÕŽgard de lÕUEC. M�me si certains restent au dŽpart dans lÕUNEF (comme Isabelle Bucher, prŽsidente de l'AGE de Nanterre) la gŽnŽration de Toulouse quitte progressivement le syndicalisme Žtudiant, soit pour entrer dans la vie professionnelle, soit par lassitude vis-ˆ-vis de lÕattitude de lÕUEC et du PCF). Elle est remplacŽe par des militants de diffŽrents horizonsÊ: trotskistes JCR/LCR, JCR ÇÊEgalitŽÊÈ, libertaires (et notamment militants de lÕAlternative Libertaire, crŽŽe en 1971), socialistes, divers ÇÊgauche de la gaucheÊÈ, ex-communistes et communistes critiques, ÇÊdivers gaucheÊÈ[38], etc. Il sÕagit souvent de militants minoritaires au sein de leur organisation (les poperŽnistes) ou en marge de celle-ci (ˆ la LCR, par exemple, la prioritŽ de lÕorganisation est plut™t lÕUNEF-ID)[39]. La montŽe en puissance de la LCR La prŽsence des militants LCR est importante ˆ Paris I, qui est un des bastions de ÇÊlÕoppositionÊÈ avant la reprise en main de lÕAG par lÕUEC en 1994, et significative ˆ lÕAGE de Sciences Po, du moins chez les dirigeants (trois prŽsidents dÕAGE sur quatre -Eric Schultz, Sophie Camard et Amaelle Guitton- en seront issus entre 1990 et 1995, alors m�me que tr�s peu dÕadhŽrents sont membre de la LCR ou des JCR). A partir de 1990, il faut Žgalement mentionner la prŽsence des JCR EgalitŽ (ˆ lÕorigine organisation de jeunesse de la LCR)[40] , qui sont notamment bien implantŽs dans les AGE de Rouen, Caen et Reims. De fa�on gŽnŽrale, cÕest une pŽriode o� LCR a le vent en poupe, comme en tŽmoignent son r™le dans le mouvement de dŽcembre 1995, puis le score dÕOlivier Besancenot ˆ la prŽsidentielle de 2002. Le m�me Olivier Besancenot, dÕailleurs, Žtait adhŽrent de lÕUNEF ˆ Nanterre, et il est intervenu au congr�s de Montpellier en 1995.[41] EPILOGUEÊ: LES DERNIERES ANNEES DE LÕUNEF LÕhistoire des derni�res annŽes de lÕUNEF, et du r™le des non-communistes, et particuli�rement de la LCR, a dŽjˆ ŽtŽ en grande partie faite dans le tŽmoignage dÕEmmanuel Lyasse publiŽ sur le site.[42] Faute de pouvoir y ajouter, dans lÕimmŽdiat, quoi que ce soit dÕutile, on la remettra ˆ plus tard.[43] Au total, deux constats sÕimposent: dÕune part, lÕhistoire des non-communistes au sein de lÕUNEF est encore mal connue, et on esp�re quÕelle sera enrichie, dans les prochaines annŽes, par les documents et les tŽmoignages, notamment sur le niveau local. DÕautre part, les ŽlŽments parcellaires quÕon a retracŽs montrent que ce r™le nÕa pas ŽtŽ nŽgligeable, et quÕil mŽrite quÕon sÕy intŽresse. 7 mai 2021 [1] Selon les sources, il sÕagit de 4 ou 5. Voir FrŽdŽric Gaussen ÇÊLes deux UNEFÊÈ, Le Monde, 11 mars 1971, qui cite le chiffre de cinq.
[2] Id.
[3] TŽmoignage Fajnzylberg rapportŽ par FrŽdŽric GenevŽe.
[4] https://www.lemonde.fr/archives/article/1975/11/11/les-projets-de-creation-d-un-nouveau-syndicat-etudiant_2585102_1819218.html
[5] Le Parti Radical de Gauche est fondŽ en 1972, par une scission de lÕaile gauche du Parti Radical. Il devient le MRG en 1973.
[6] TŽmoignage d'Etienne Andreux ÇÊAlorsÉ alors on avait dans le Bureau National de lÕUNEF un Radical de Gauche, deux Radicaux de Gauche, Leduc qui sÕappelait et puis on a eu Nicole Chambon apr�s, hein, au dŽbut que jÕŽtais lˆ on a m�me euÉ on avait lesÉ les gens de la, parce que lÕUNEF-Renouveau sÕŽtait fait avec la Convention des Institutions RŽpublicaines, le courant de Mitterrand on avait Luchaire qui Žtait lˆ, le fils du professeur de droit, avait du Conseil Constitutionnel qui Žtait prŽsentÊÈ (NoteÊ: il pourrait sÕagir de Jean Fran�ois Auduc, prŽsent au BN en 1972). DÕapr�s Guy Konopnicki, cependant, N. Chambon nÕavait pas dÕaffiliation politique spŽcifique. TŽmoignage Konopnicki sur Facebook.
[7] 14 fŽvrier 2021, Robi Morder ÇÊIl y a 50 ans, la scission de lÕUNEFÊÈ (2)
[8] https://www.lemonde.fr/archives/article/1976/11/06/les-radicaux-de-gauche-creent-une-organisation-d-etudiants_2946861_1819218.html
[9] https://www.emilemagazine.fr/article/2020/1/27/rencontre-exceptionnelle-avec-francois-hollande
[10] Nous nÕavons pas retrouvŽ la date exacte. Il a re�u son dipl™me en 1974.
[11] DiffŽrentes versions circulentÊsur son accession ˆ la prŽsidence dÕAGE. Comparer https://www.lesinrocks.com/actu/je-ne-pensais-pas-que-hollande-baisserait-les-bras-a-ce-point-7432-11-05-2013/ et https://www.nouvelobs.com/politique/election-presidentielle-2017/20161125.OBS1719/les-bonnes-feuilles-de-l-histoire-du-jeune-et-ruse-francois-hollande.html
[12] Yves Agnes ÇÊLÕUNEF-rŽnovŽe ne veut pas �tre lÕUNEF communisteÊÈ, Le Monde, 9 mars 1971
[13]http://referentiel.nouvelobs.com/archives_pdf/OBS0605_19760614/OBS0605_19760614_034.pdf
[14] Sur les non-rapports entre la JEC et les communistes, voir tŽmoignage de Jean Pierre SueurÊ: https://www.cairn.info/revue-histoire-politique-2016-3-page-137.htm
[15] Les archives de la JOC contiennent un dossier sur les relations avec lÕUNEF, auquel il nÕa pas encore ŽtŽ possible dÕaccŽder.
[16] A la demande de la hiŽrarchie catholique, il quitte au prŽalable le PCF.
[17] MŽmoire Etienne Bordes. Voir aussi aussi le tŽmoignage de Bernard FriotÊ: https://www.revue-ballast.fr/bernard-friot-christianisme-et-communisme-1-2/
[18] Voir, sur la saga des Etudiants Socialistes et de leurs relations tumultueuses avec le PS, ArgibayÊCamilo, ÇÊUn parti en qu�te de relais. L'Žtablissement des liens entre le Parti socialiste et les organisations Žtudiantes (1969-1986)ÊÈ,ÊGen�ses, 2014/4 (n¡ 97), p. 87-108. DOI : 10.3917/gen.097.0087. URL : https://www.cairn.info/revue-geneses-2014-4-page-87.htm
[19] Voir le Crayon entre les dents, numŽro dÕoctobre-novembre 1976, reproduit sur le site.
[20] Bordes, p. 59, citant un article de lÕHumanitŽ du 25 mai 1977, et lÕinterview dÕEtienne AndreuxÊ: cÕest Andreux qui mentionne le chiffre de 4 membres du BN sortantÊ; Philippe Boggio ÇÊLes Žtudiants du CERES refusent de participer ˆ la direction de lÕUNEFÊÈ, Le Monde 25 mai 1977
[21] Philippe Boggio, Ò LES " OPPOSITIONNELS " Ë L'INTƒRIEUR DU SYNDICALISME ƒTUDIANT Des adhŽrents de l'UNEF accusent la direction nationale de " pratiques antidŽmocratiquesÊÈ Le Monde 20 janvier 1978
[22] Le 65�me congr�s de lÕUNEFÊ: la direction accusŽe dÕŽliminer ses opposants, Le Monde, 20 FŽvrier 1979
[23] DŽcidŽ par le 65e Congr�s ˆ Villetaneuse en FŽvrier 1979, le r�glement est votŽ par le CN des 16 et 17 juin. Voir la partie ÇÊstatutsÊÈ du site unef.org.
[24] Voir notamment la tribune dans le MondeÊ: https://www.lemonde.fr/archives/article/1978/12/27/un-toit-pour-tous_2985766_1819218.html
[25] Voir http://www.germe-inform.fr/?p=527
[26] PrŽsident lÕAGE de Sciences Po. Il est devenu par la suite responsable du syndicat FO des journalistes.
[27] Et rŽdacteur en chef dÕUNEF inform. VoirÊ: http://www.inrp.fr/presse-education/revue.php?ide_rev=1382&LIMIT_OUVR=2790
[28] TŽmoignage GenevŽe
[29] Ce nÕŽtait pas sa premi�re invitation. Il Žtait dŽjˆ intervenu au congr�s de Nanterre en 1973. Voir Villa, p. 48
[30] Liste des Žlus aux conseils de Paris I. Document fourni par FrŽdŽric GenevŽee.
[31] Villa, p. 73
[32] PrŽcisons, ÇÊpour la moralitŽ des dŽbatsÊÈ, que lÕauteur de ces lignes a appartenu au courant ÇÊpoperenisteÊÈ.
[33] Jean Paul Salles La Ligue communiste rŽvolutionnaire, p. 183-227, https://books.openedition.org/pur/21302
[34] Id.
[35] TŽmoignage Fran�ois Bonnarel sur le groupe Facebook
[36] Lettre du bureau de lÕAGE de Limoges au BN du 4 mai 1988. [37] TŽmoignage Schultz ˆ Morri
[38] Voir tŽmoignage Jean-Daniel LŽvy ˆ la CME, qui note avec amusement que son absence dÕappartenance ˆ une organisation politique prŽcise est une source de confusion
[39] TŽmoignage Schultz ˆ MorriÊ; tŽmoignage Jean-Daniel Levy sur le site de la CME
[40] Exclue en 1993, cette organisation forme ensuite la base de la ÇÊGauche rŽvolutionnaireÊÈ
[41] TŽmoignages Eric Lafon et Eric Schultz
[42] Voir les dŽveloppements sur ce point sur le site dÕUnef.org, ainsi que la version longue dans le tŽmoignage dÕEmmanuel Lyasse
[43] Disons simplement, pour le rŽsumer ˆ grands traits, que la LCR y fera preuve dÕatermoiements, certains de ses militants se retirant de lÕUNEF pour participer ˆ la crŽation de SUD, ceux qui restant manifestant peu dÕintŽr�t pour lÕUnion Nationale, avant de revenir in extremis sur le devant de la sc�ne en votant pour la ÇÊrŽunificationÊÈ avec le bloc dirigeant issu de lÕUEC.
RenŽ MauriceÊ: ÇÊIl y a ˆ lÕUNEF des communistes, des socialistes, des gaullistes, des chrŽtiens et une masse dÕinorganisŽs. Cet aspect est cachŽ par la presse. CÕest normal, le gouvernement craint une UNEF toujours plus attractive, unifiant les forces vives du mouvement Žtudiant.ÊIl fait donc tout pour en Žcarter le plus grand nombre, utilisant encore une fois lÕanticommunisme.ÊCertes, pour des raisons historiques, les Žtudiants communistes ont jouŽ un grand r™le, au c™tŽ dÕautres forces politiques Žtudiantes, dans le ÇÊRenouveauÊÈ de lÕUNEF notamment. Mais regardons les choses en face. AujourdÕhui, il y a au moins quatre fois plus dÕadhŽrents ˆ lÕUNEF quÕˆ lÕUEC. Alors pourquoi nier lÕexistence des trois quarts de notre organisationÊ? Notre objectif de fond nÕest pas de faire un cartel dÕorganisations de gauche ou dÕextr�me-gauche, mais de regrouper la masse des Žtudiants au sein de lÕUNEF.ÊÈ[É]
CED ÇÊLÕUNEF est-elle une organisation de gaucheÊ? Quelle est sa position par rapport au ÇÊprogramme commun de gouvernementÊÈÊ?
R.MÊ: ÇÊLÕUNEF est une organisation syndicale. Les crit�res habituels ÇÊ�tre de droite, �tre de gaucheÊÈ ne sÕappliquent donc pas. LÕorganisation syndicale dŽfend quotidiennement les intŽr�ts des Žtudiants. Si un Žtudiant ÇÊditÊÈ de droiteÊveut dŽfendre ses intŽr�ts, rien ne lÕemp�che dÕadhŽrer ˆ lÕUNEF. Aucune exclusive nÕexiste, ˆ condition de respecter la plate-forme de lÕorganisation. A priori, lÕUNEF nÕest donc pas une organisation de gauche. Mais elle se heurte en permanence au pouvoir et cÕest sur cette base que lÕUNEF soutient et dŽfend le Programme commun de gouvernement.
Initialement pubiŽ dans le numŽro 4 de notre buletin